Guía Argelia : Histoire

Des origines à nos jours
Préhistoire
Peinture rupestre du
Peinture rupestre du "Grand Dieu".

Si on a retrouvé près d'Aïn-Hanech (Sétif) des galets qui semblent grossièrement taillés, probablement par un Homo habilis il y a 1 million d'années, les dernières découvertes font remonter plus certainement la présence humaine dans la région au paléolithique inférieur (3 000 000-100 000 ans avant J.-C.). Les restes de l'Atlanthrope et de ses outils de pierre taillée retrouvés dans les sédiments du lac préhistorique de Ternifine, dans la région de Mostaganem en Oranie, montrent que le contemporain et parent du Sinanthrope et du Pithécanthrope de Java évoluait dans une savane de type tropicale, piquée de marais et de lacs et parcourue par des éléphants, des rhinocéros, des girafes, des phacochères ou des hippopotames - depuis longtemps disparus.

Au paléolithique moyen, la civilisation atérienne s'épanouissait près de Tébessa (est). Elle doit son nom à Bir El-Ater, le site sur lequel on en a retrouvé la trace, et est proche du type moustérien (de Moustier en Dordogne).

Lui succèdent les Ibéraumaurusiens (Cro-Magnon), vivant surtout sur la côte et la civilisation capsienne (Homo sapiens, 7 000-5 000 ans avant J.-C., du nom de Capsa, aujourd'hui Gafsa, en Tunisie), aux environs du Vlle millénaire avant notre ère, qui désigne les premiers hommes connus en Afrique du Nord. Originaires du sud de la région de Constantine, les Capsiens vivaient sous des huttes de branchages réunies en campements. Ils ont gagné le reste du Maghreb en suivant la ligne naturelle des chotts (lacs salés) entre l'Atlas tellien et l'Atlas saharien, sans jamais semble-t-il passer l'Atlas tellien. On considère habituellement qu'ils sont les ancêtres des Numides. Un peu partout sur le territoire, et surtout dans le Sahara, nombreux sont les témoignages de ces civilisations préhistoriques dont on retrouve également la trace dans les écrits du Grec Hérodote (vers 484-420 avant J.-C.) et de Salluste (86-35 avant J.-C.).

Repères chronologiques

-1 000 000 à -7 500 ans : préhistoire / civilisation atérienne (-50 000 à - 7 500 ans)

-7 500 à -2 000 ans : protohistoire / civilisation capsienne

-1 250 à -146 : comptoirs phéniciens en Algérie

-500 à l'an 500 : Sahara des Garamantes

-250 à -25 : Etat de Numidie (guerres puniques, règne de Jugurtha)

-25 à 647 : première colonisation européenne

-25 à 430 : occupation romaine

477 à 533 : domination vandale

534 à 647 : domination byzantine

647 à 776 : islamisation de l'Algérie

647 à 743 : califat omeyyade

743 à 776 : révolte berbère

776 à 1512 : dynasties musulmanes berbères

776 à 909 : dynastie roustemide

909 à 934 : dynastie fatimide

934 à 1015 : dynastie ziride

1015 à 1062 : dynastie hammadide et hilaliens

1062 à 1147 : dynastie almoravide

1147 à 1152 : dynastie hammadide

1152 à 1235 : dynastie almohade

1235 à 1512 : dynastie zianide

1515 à 1587 : beylerbeys (début de la régence d'Alger)

1587 à 1659 : pachas

1659 à 1671 : aghas

1671 à 1830 : deys (fin de la régence d'Alger)

1830 à 1962 : colonisation française

1830 à 1916 : invasion française de l'Algérie

1954 à 1962 : guerre d'Indépendance

1962 à 1989 : parti unique

1989-1999 : guerre civile

Depuis 1999 : présidence de Bouteflika

2016 : adoption d'une nouvelle constitution et organisation d'une réunion informelle de l'OPEP à Alger.

Numides et Phéniciens

Vers le XIIe siècle avant J.-C., les Phéniciens étendent leur influence sur la Méditerranée à partir des côtes de l'actuel Liban et établissent de nombreux comptoirs le long des côtes nord-africaines, en particulier sur les côtes de l'actuelle Algérie (Hippone, Skikda, Collo, Jijel, Bejaïa, Alger, Tipasa, Cherchell...). D'après Virgile, la Phénicienne Elissa Didon, la soeur de Pygmalion le roi de Tyr, fuyant l'oppression de son frère, débarqua avec ses trésors et une poignée de fidèles Tyriens et Chypriotes sur la côte africaine vers 870-860 avant J.-C. où elle fonda près de l'actuel Tunis une ville qui allait devenir Carthage (de Qart Hadast, " ville nouvelle ").

A cette époque, l'ouest de l'Afrique du Nord est peuplé de tribus berbères, des Numides (ou Maures, Libyques ou Garamantes pour les Grecs) sédentaires laboureurs ou nomades. Leur origine est moins connue que celle des Phéniciens mais, au Ve siècle avant J.-C, l'historien Hérodote les décrit comme un peuple de cultivateurs prospères, descendant des Troyens, du moins originaires du Moyen-Orient. La Numidie bénéficie d'une organisation quasi étatique dirigée au niveau des villages et des tribus par les aguellids et les agnatiques, avec à leur tête un roi issu de dynasties berbères. Disposant d'un système d'écriture proche du tifinagh, ils entretiennent des liens commerciaux avec les Phéniciens qui exercent une grande influence sur la région des comptoirs qu'ils ont créés sur la côte. Le premier accrochage entre Phéniciens et Numides aurait eu lieu après que Hiarbas, le roi de la Gétulie, un royaume situé en bordure de l'Atlas saharien, eût demandé la main de Didon qui refusa l'offre. S'ensuivit une période troublée pendant laquelle les Phéniciens prirent le dessus.

Au IVe siècle avant J.-C., la Numidie est partagée en deux royaumes séparés par le Rhumel : le royaume des Massyles occupe alors l'actuelle partie orientale de l'Algérie et la partie occidentale de la Tunisie, et le royaume des Massaessyles l'Algérie centrale et occidentale. Les Massyles sont proches des Phéniciens mais, sous le règne du roi Gaia, le royaume entreprend la conquête des villes côtières et gagne Hippone, sa future capitale, lors de la première guerre punique entre Phéniciens et Romains (vers - 264 avant J.-C.). Quelques années plus tard, les Massaessyles hellénisés annexent sous le roi Syphax les possessions de Gaia. Massinissa, le fils de ce dernier, animé par un désir de vengeance, sera le premier grand roi numide unificateur de la région qui aura pour capitale Cirta (Constantine).

Romains, chrétiens, Vandales et Byzantins

A partir du IIIe siècle av. J.-C., les Romains cherchent à prendre le contrôle de la Méditerranée en s'implantant sur les côtes de l'Afrique du Nord. La première bataille contre les Phéniciens commence en Sicile et débouchera sur une centaine d'années de tension et sur trois guerres dites " puniques " qui ne s'achèveront qu'en 146 av. J.-C., et sur la chute de Carthage. Du côté numide, le royaume qui se délitait après la mort de Massinissa passe peu à peu sous influence romaine malgré la résistance et le génie politique et militaire de Jugurtha, petit-fils de Massinissa (voir encadré " Les rois numides "). Mais après une guerre mémorable et la mort du chef numide, Rome dut encore attendre une centaine d'années et l'assassinat de Ptolémée, dernier roi numide, par l'empereur Caligula (42 ap. J.-C.) pour s'implanter solidement en " Ifriquia " et la mort à Auzia (24 ap. J.-C., Sour El-Ghozlane, ex-Aumale) de Tacfarinas qui dirigeait des révoltes contre l'impérialisme romain.

Au départ de Carthage et à la faveur des troubles qui agitèrent la région après le régicide, les armées romaines, souvent composées de légionnaires gaulois, occupent peu à peu les côtes d'Afrique du Nord.

Le territoire est divisé en deux provinces : la Maurétanie tingitane (actuel Maroc) et la Maurétanie césarienne qui regroupait l'Oranais, l'Algérois et la partie occidentale du Constantinois gouvernée depuis Cesarea (Cherchell). Le commandement militaire de la région toujours appelée Numidie est établi à Lambaesis (Lambèse). Les anciens comptoirs phéniciens et les villes numides se romanisent tout en conservant quelques traces numides et deviennent des cités prospères alimentées par les ressources africaines - du vin, des céréales, de l'huile ou des animaux fantastiques - qui transitent vers Rome par Hippo Regius (Annaba), Cesarea, Igilgili (Jijel), Tipaza ou Thevesti (Tebessa) et Thamugadi (Timgad).

La région est prospère et contribuera largement au développement de Rome. L'agriculture fait de grands progrès pour devenir presque intensive, l'urbanisme des cités (dont on peut observer un exemple parfaitement conservé à Timgad) suit le modèle romain et s'orne de sculptures et de mosaïques dont le style local reste unique. Mais si l'administration et le commerce romains sont florissants, les troubles persistent aux limites des provinces. En 45 av. J.-C., Arabion avait lancé quelques actions contre les colons romains mais c'est Tacfarinas qui, entre 24 et 17 av. J.-C., gagnera suffisamment de batailles à l'intérieur du pays pour oser proposer un traité de paix à l'empereur Tibère, qui refuse.

Au-delà de la bande côtière, large d'une bonne centaine de kilomètres, occupée par les Romains, la Numidie ne deviendra province indépendante de la Proconsulaire qu'en 198. Dans cette province qui fait office de tampon entre la Maurétanie et le Sahara et qui dispose de deux ports (Rusicade ou Skikda et Chullu ou Collo) fleurissent de temps à autre des révoltes dont les plus importantes arrivent en même temps que la christianisation de l'Empire romain au Ier siècle ap. J.-C.

Très tôt, deux groupes chrétiens s'opposent en Afrique du Nord. D'un côté, les partisans de Caecilianus, évêque de Carthage, sont ceux qui ont renié leur foi pendant les persécutions romaines ; de l'autre, ceux qui prônent le martyre suivent Donat, l'évêque de Numidie. Les donatistes réussissent à mettre hors jeu Caecilianus mais, en 313, l'empereur Constantin, qui venait d'instaurer la religion catholique dans l'Empire romain, prend le parti de ce dernier et déclare schismatiques les donatistes qui seront persécutés pendant une vingtaine d'années. La répression s'arrête officiellement en 321 mais recommence en 347, sur ordre de l'empereur Constant qui voulait qu'ils réintègrent l'Eglise. Les donatistes se joignent aux circoncellions, un groupe de paysans des Aurès révoltés contre le pouvoir impérial. Donat meurt en 375 mais les troubles ne cessent qu'en 380 après la publication par l'empereur Théodose de l'édit de Thessalonique, qui fait du christianisme la religion officielle de l'Empire romain. Entre-temps, en 372, Firmus, fils du roi berbère Nubel, soulève les tribus du Djurdjura et prend Caesarea. Proclamé roi, il échoue cependant à Tipaza et, pourchassé par les Romains jusque dans l'Atlas, il se suicide en 375.

Les idées diffusées par les rébellions d'ordre religieux subsistent et il suffira que l'Empire romain décline et tombe au cours des grandes invasions pour que le combat contre l'envahisseur reprenne. En 410, les Wisigoths mettent Rome à sac. Suivent les Vandales menés par Genséric qui foncent très nombreux vers l'Afrique du Nord via l'Espagne. Malgré la résistance encouragée par saint Augustin, l'évêque d'Hippone qui mourra en 430 pendant le siège de sa ville, ils finissent de s'emparer des possessions romaines et de Carthage en 439.

Moins de vingt ans avant la fin de l'Empire romain d'Occident, l'Afrique du Nord est abandonnée aux Vandales, qui resteront près d'un siècle, par l'empereur Valentinien II. Vers 480, une révolte numide entraîne la destruction de Timgad.

En 534, les Byzantins menés par Bélisaire, chef des armées de l'empereur d'Orient Justinien Ier, s'emparent de l'Afrique du Nord qui passe pour un siècle sous la domination de Byzance. Mais les nouveaux occupants se heurtent à la même résistance berbère que leurs prédécesseurs.

Affaiblis, ils ne pourront empêcher les nouvelles invasions arabes débutées en 647, et l'avènement d'une nouvelle religion à laquelle les populations adhèrent de plus en plus.

Les rois numides

Massinissa. A la faveur de la deuxième guerre punique, Massinissa (240 avant J.-C.), fils de Gaia, roi massylien dépossédé par le Massaessyle Syphax, choisit de se battre avec les Carthaginois d'Hasdrubal contre les Romains. Mais il doit changer de camp quand Syphax, d'abord soutenu par les Romains, se retrouve du côté carthaginois. Syphax, capturé en 203, et le Carthaginois Hannibal défait lors de la bataille de Zana, Massinissa, allié au général Scipion, récupère l'héritage de son père et devient roi d'une terre sous protectorat romain. Tite-Live nous raconte que pendant son long règne (de 203 à 148 avant J.-C.), Massinissa a unifié une grande partie de l'Afrique du Nord en organisant à partir de son palais de Cirta (Constantine) le premier Etat numide et une puissante armée, en encourageant la culture d'influence hellène, la sédentarisation des Berbères et le commerce avec les autres puissances méditerranéennes. L'extension de sa souveraineté par la prise de Carthage fut empêchée par les Romains qui redoutaient que le royaume devienne trop fort.

Figure quasi légendaire de l'histoire berbère, Massinissa est mort en 148 avant J.-C. et aurait été inhumé au Medracen, un tombeau royal découvert dans les Aurès, là où était née la dynastie massyle. Il laissait trois fils qu'il avait envoyés étudier en Grèce. Gulussa et Mastanabal morts prématurément, Micipsa succéda à son père et poursuivit pendant trente ans l'oeuvre de son père. Il serait enterré au Khroub, près de Constantine.

Jugurtha. A la mort de Micipsa qui avait deux fils, son neveu et fils adoptif Jugurtha ne supporta pas de voir le royaume fragilisé par son morcellement entre les trois héritiers. Le guerrier, formé en Espagne par les Romains, fit assassiner son cousin Hiempsal. Les Romains appelés à la rescousse par Adherbal, le second fils de Micipsa, exigèrent que le royaume soit partagé entre les deux hommes. Mais Jugurtha, dès qu'il le put, annexa les terres d'Adherbal et assiégea Cirta en 112 avant J.-C. Toujours peu désireux de voir un trop puissant royaume se développer en Afrique, les Romains se précipitèrent au secours du souverain de Cirta. Ce fut le début des guerres dites de Jugurtha que décrit l'historien romain Salluste. Après les campagnes des consuls Albinus, Metellus et Marius contre les cités numides, Jugurtha dut se réfugier chez les Gétules, des Berbères du sud de la Numidie. Après sept années de lutte, la chute de son royaume et la trahison de son beau-père Bocchus, roi de Maurétanie, Jugurtha fut livré aux Romains en 105 avant J.-C. et mourut en captivité au Capitole à Rome en 104 avant J.-C. La Numidie forte et indépendante, telle que Massinissa l'avait créée, n'existait plus.

Juba Ier. A la mort de Jugurtha, les Romains partagèrent son royaume entre Bocchus et le faible Gauda, à qui succéda Hiempsal II (en 88 avant J.-C.) son fils lettré. Le fils de Hiempsal, Juba Ier, animé par la volonté de restaurer le royaume de Massinissa et soutenu par Pompée, partit en campagne contre Jules César qui voulait annexer la Numidie. Il libéra Cap Bon (Tunisie) assiégé par les Romains en 49 avant J.-C. Mais en 46, Jules César débarqua lui-même en Afrique, soutenu par les rois maures Bogud et Bocchus II. Juba Ier ne put se replier vers Zama sa capitale et préféra le suicide à l'humiliation d'un emprisonnement.

Juba II. Après la défaite de son père (46 avant J.-C.), Juba II fut élevé à Rome par la soeur de l'empereur Octave. De formation littéraire, l'époux de Cléopâtre Séléné, la fille de Cléopâtre et d'Antoine, a composé une oeuvre éclectique en écrivant en grec aussi bien des traités scientifiques que des pièces de théâtre dont on ne connaît l'existence que par d'autres auteurs. Placé sur le trône de Numidie par les Romains en 25 av. J.-C., il se fit explorateur et Pline raconte qu'il a découvert Madère - les îles Purpuraris où on exploitait la pourpre - et les Canaries (îles Fortunes) sur lesquelles viendra s'installer une importante colonie berbère. Homme d'art, il fit édifier Cesarea (Cherchell), une nouvelle capitale qu'il embellit de trésors de guerre et de copies de sculptures de Phidias qu'il avait découvertes en Grèce. Il relança également le commerce à partir du port de la nouvelle ville. Il est mort en 24 après J.-C. Son fils, Ptolémée, lui succéda mais l'empereur Caligula, successeur de Tibère, le fit assassiner en 42 après J.-C. pour mettre fin à la relative indépendance dont bénéficiaient les rois berbères.

Arabes et islam

Après la mort à Médine du Prophète, en 632, Abou Bakr, le premier khalife orthodoxe, puis Orner organisent l'expansion de l'islam. Après la conquête de la Syrie, l'Irak, la Perse et l'Egypte, les troupes musulmanes s'attaquent à l'Empire byzantin qui dominait alors la Méditerranée. En 642, les côtes de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine (Libye) passent sous domination arabe. Sous le règne d'Othman, les Arabes remportent d'autres batailles sur les Byzantins puis se laissent persuader, moyennant rançon, de se cantonner à l'est du Maghreb (du mot arabe gharb qui signifie autant " étranger " que " coucher du soleil " ou " exil ", à côté d'autres significations plus sombres et inquiétantes qu'on retrouve dans les contes des Mille et une Nuits).

A partir de 650, la dynastie des Omeyyades, établie à Damas, relance la conquête du Maghreb. En 670, Sidi Oqba ben Nafi fonde la ville sainte de Kairouan, future base d'où s'élanceront les assauts contre les Byzantins. Parfois soutenue par les Byzantins, la résistance berbère s'organise autour, entre autres, du roi chrétien Kosaila et de la Kahina (voir encadré dans " Les Aurès "). Oqba meurt en 683 au cours d'une embuscade tendue par Kosaila dans la région de Biskra. Mais, trois ans plus tard, c'est le chef berbère qui est tué pendant la bataille de Mesus. En 692, Hassan Ibn Naaman est envoyé à la tête d'une armée pour reprendre la conquête de l'Ifriqya. En 694, Hassan reprend Carthage mais se heurte à l'armée berbère de la Kahina qui le battra à Oued Nini. Finalement, en 701, la résistance de la Kahina est vaincue : la route de l'Atlantique, atteinte en 705, est grande ouverte. Moussa Ibn Nosaïr, nommé premier gouverneur de l'Ifriqya, poursuit la politique d'islamisation maintenant défendue par les Berbères.

En même temps que la conquête du sud de l'Espagne par Tarek Ibn Zyad qui donnera son nom au rocher de Gibraltar (" djebel Tar "), apparaissent des mouvements opposés au courant sunnite dominant. Dans les années 730-740, les Kharidjites, égalitaristes et démocrates (voir chapitre " M'Zab "), commencent à rencontrer un certain succès auprès des Berbères.

En 750, les Abbassides basés à Bagdad prennent la relève du khalifat omeyyade et créent en Andalousie une nouvelle dynastie qui régnera jusqu'au XIe siècle à Cordoue. C'est sous leur khalifat qu'est fondé un Etat kharidjite à Tahert (Tiaret, entre Oran et Alger). Le nouveau royaume rostémide, du nom de son fondateur Abderrahmane Ben Rostem, un Persan parti de Bagdad à cause de son radicalisme kharidjite (de kharej, " faire sécession "), devient si prospère au centre du Maghreb qu'il est à l'origine de l'actuelle carte politique de la région. Mais en 911, ils sont chassés de leur capitale par les Chiites fatimides qui entreprennent la conquête de toute la région. Les Rostémides, repoussés vers le sud, s'établissent à Isadraten, près de l'actuel Ouargla, puis dans la vallée de l'oued M'Zab qui leur donnera le nom de Mozabites.

En 972, après avoir vaincu la résistance des Omeyyades d'Espagne, les Fatimides déplacent leur capitale de Mahdia (Tunisie) au Caire qu'ils viennent de faire tomber et d'où ils régneront sur l'Afrique du Nord pendant trois siècles. La civilisation musulmane atteint alors son apogée même si rien n'est encore stable.

Au début du nouveau millénaire, qui voit la fondation par un Sanhaja Bologhine d'El Djezaïr (Alger) sur les ruines de l'ancienne Ikossim phénicienne, une nouvelle dynastie florissante, les Hammadites, voit le jour à la Kalâa des Béni Hammad, une ville fondée en 1007 à l'est de l'Algérie par l'émir Hammad, fils de Bologhine.

En 1048, les Zirides du Maghreb central se soumettent aux Abbassides provoquant l'envoi par les Fatimides des terribles Béni Hilal qui, en s'installant en Ifriqya méridionale, coupent toute tentative des Zirides, soutenus par les Hammadites basés à la Kaâla des Béni Hammad puis à Bejaïa, de pénétrer plus avant le territoire. Ce sont finalement les Normands de Sicile qui mettront fin aux agissements zirides en 1148.

Pendant ce temps, en 1062, les Almoravides, des musulmans intransigeants originaires du Sahara occidental, ont réussi au nom de l'ordre islamique à unifier le Maghreb pour un temps. Sur la route de l'Andalousie où Tolède est tombé aux mains des Espagnols encouragés par la première croisade européenne, les Almoravides fondent Marrakech puis Tlemcen. Très religieux, ils ont laissé un grand nombre de monuments dont la Grande Mosquée d'Alger (1096), celles de Nédroma et de Tlemcen et de ribats, des monastères-forteresses sur la côte Atlantique du Maroc.

A la fin du XIIe siècle, à la mort du dirigeant almoravide Ali Ben Youssef, une nouvelle puissance prend forme, menée par Ibn Toumert dit El-Mahdi, un réformateur disciple du théologien Ghazali. L'armée des Almohades (" les unitariens ") défait les troupes almoravides au Maghreb puis en Espagne. Abd El-Moumin, un chef almohade, parvient à unifier l'Afrique du Nord qu'il fait cartographier précisément en vue de lever un impôt sur les terres exploitables. Mais la taille du califat et les conflits internes lui furent fatals. Après avoir régné sur la moitié de l'Espagne et sur le Maghreb de 1147 à 1269, la dynastie berbère des Almohades est tombée, d'abord en Espagne puis en Tunisie (Hafsides, 1236), à Tlemcen (Zayanides, 1239) et au Maroc (Mérinides, 1269).

En Tunisie, les Hafsides étaient d'anciens vassaux des Almohades chargés de surveiller les nomades hilaliens présents depuis le milieu du XIe siècle. Abu Zakariya Yahia Ier, le fils du fondateur de la dynastie, fit sécession et lança ses troupes à l'assaut de l'ouest, prit Alger en 1235 et réussit à reconstituer l'ancien royaume ziride, seulement contenu par la puissance des Zayanides (ou Abdelwadides) établis à Tlemcen depuis 1235. A l'ouest, les Mérinides sont la troisième dynastie régnant sur le Maghreb. Ils avaient établi leur capitale à Fès. Les heurts sont fréquents entre les trois dynasties régnant sur le Maghreb, les Hafsides dominant peu à peu les Zayanides coincés entre deux puissances. Du XIIIe au XVe siècle, la région connaît une certaine prospérité économique et culturelle, renforcée par l'arrivée des Morisques, les musulmans espagnols, et des juifs chassés d'Espagne après 1492.

Espagnols

A la fin du XVe siècle, les Espagnols, qui ont réussi à bouter hors de leur territoire les musulmans, les poursuivent jusqu'en Afrique. En 1505, la flotte catholique s'empare de Mers El-Kebir, la grande baie proche d'Oran. Quatre ans plus tard, Oran tombe à son tour puis, en 1510, Bejaïa, Ténès, Mostaghanem, Cherchell et Dellys, à la faveur de la désorganisation des forces musulmanes.

Alger, qui avait signé un traité avec les Espagnols par lequel la ville s'engageait à contenir les attaques corsaires contre les côtes espagnoles, subissait le contrôle des catholiques installés dans leur forteresse de Peñón de Argel édifiée sur un îlot de sa baie (l'actuelle Amirauté).

En 1512, Aroudj, l'un des frères Barberousse, reprend aux Génois la ville de Jijel et tente de chasser les Espagnols de Bejaïa avec l'aide des habitants. Blessé au cours de la bataille, il meurt en 1518 près de Tlemcen. En 1533, son frère Kheir Ed-Din reçoit du sultan Soliman II le Magnifique le titre d'amiral en chef de la flotte ottomane, chargé de mener la guerre contre Charles Quint, roi d'Espagne et de Naples et chef des " infidèles ".

En 1535, après la malheureuse bataille de Preveza au cours de laquelle les Espagnols avaient été défaits, la flotte de Charles Quint reprend la région de Tunis alors aux mains de Kheir Ed-Din et achève de soumettre la dynastie hafside. La domination espagnole semble effective mais elle se limite aux côtes de la Barbarie (déformation de Berbérine, pays des Berbères). L'intérieur des terres est constitué de plusieurs petits royaumes peu puissants mais souvent prêts à se rebeller contre l'envahisseur.

En 1541, Charles Quint, déjà humilié par Kheir Ed-Din en 1518 à Alger, organise une expédition punitive contre Alger, refuge connu des corsaires ottomans. L'Armada, composée de 65 galères et de 451 navires de transport, arrive devant Alger le 19 octobre et débarque sur la plage d'El-Hamma le 23. La résistance de la cité, dirigée par Hassan Agha le successeur de Kheir Ed-Din à la tête de la Régence d'Alger, est vive mais Charles Quint parvient cependant à installer son commandement sur les hauteurs de la ville à l'emplacement de l'actuel fort l'Empereur. Le 26, profitant de la violente tempête qui avait déjà anéanti une partie de la flotte espagnole, les Algériens reprennent confiance et, aux côtés des soldats de l'Odjqa (administration ottomane), se défendent farouchement. Les canons se déchaînent contre les navires toujours à flot. Fin octobre, Charles Quint ordonne le repli à ses troupes qui ont perdu près de 20 000 hommes.

Les Espagnols, affaiblis par les revers militaires en Méditerranée et par le départ des Morisques et des juifs qui faisaient souvent partie de l'élite intellectuelle, subissent bientôt d'autres revers. A la fin du XVIe siècle, les musulmans restés en Espagne se révoltent dans la province de Grenade, soutenus par leurs coreligionnaires d'Afrique du Nord animés par un désir de vengeance.

Ottomans

L'Empire ottoman s'est constitué à partir du XIVe siècle lorsque des Turcs d'Asie centrale chassent les Seldjoukides puis les Byzantins et s'emparent de Constantinople (1453) qu'ils renomment Istanbul, ou la Sublime Porte. Le nouvel empire qui s'agrandit de l'Egypte et de la Syrie est bientôt qualifié d'Ottoman, du nom du sultan Othman.

Au début du XVIe siècle, les frères Barberousse, Aroudj (vers 1474-1518) et Kheir Ed-Din (vers 1476-1546), qui ont commencé leur carrière de corsaires au service des musulmans d'Espagne en les aidant à passer au Maghreb, s'illustrent dans la guerre économique que se livrent les différentes puissances méditerranéennes. Amenés à repousser les attaques catholiques sur les côtes d'Afrique du Nord, ils sont appelés à la rescousse par Alger. En 1518, Kheir Ed-Din est nommé pacha d'Alger, le premier d'une domination qui durera trois siècles. Le territoire est dirigé par les janissaires, une sorte de milice turque également appelée Odjak ou Tafias. De cette corporation sont issus presque tous les beylerbeys, les aghas et les deys qui administreront la Régence d'Alger jusqu'à l'arrivée des Français en 1830. Alger et la côte deviennent une province gérée par un pacha ou dey, vassal du sultan d'Istanbul. Le reste du pays est divisé en trois beylicats aux frontières fluctuantes. Nommés par les deys, qui ont autorité sur eux, les beys bénéficient d'une relative autonomie. L'intérieur du pays, les hauts plateaux et le désert, qui intéressent moins les Ottomans sont laissés entre les mains de petits chefs locaux et de confréries religieuses qui, de temps en temps, se soulèvent contre le pouvoir turc.

Après la défaite à la bataille de Lépante (Grèce) en 1571, la Régence d'Alger perd peu à peu le contact avec le sultanat, contact rendu difficile par les accrochages incessants avec les forces chrétiennes en Méditerranée. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, forte de sa relative autonomie, elle s'enrichit et gagne en puissance. Sa flotte est considérable et pousse les incursions jusqu'aux côtes anglaises, prenant même un temps le contrôle de la navigation dans l'Atlantique nord. Irrité par cette puissance, Louis XIV tente même de gagner sa part en envoyant des troupes prendre Jijel en 1664, mais l'expédition menée par de Beaufort échoue et la France doit signer un traité de paix avec le dey d'Alger en 1666.

Au XVIIIe siècle, Alger est une ville de corsaires qui s'est considérablement développée, comptant plus de 100 000 habitants dont beaucoup, captifs pris par les corsaires ou anciens captifs rachetés, sont originaires des quatre coins de la Méditerranée. Les autres puissances de la Méditerranée doivent lui payer de fortes rançons pour faire revenir leurs citoyens pris pendant des raids et assurer la sécurité de leurs bateaux.

Français

Au début du XIXe siècle, en 1814, après la mort du dey d'Alger, Mohammed Ibn Othman, qui avait fortifié la ville et fait de la flotte algérienne une force redoutable, les Etats européens décident au congrès de Vienne de reprendre le contrôle de la Méditerranée, de l'en débarrasser des pirates et d'obtenir la fin de l'esclavage. En 1815, les Etats-Unis tentent d'imposer leur autorité en envoyant une escadre navale devant Alger. Un an plus tard, les Anglais alliés aux Hollandais, commandés par lord Exmouth et l'amiral hollandais Van Cappellan, bombardent Alger du port où ils ont réussi à pénétrer. Devant la menace devenue réelle, Ali Khodja, le dey d'Alger, transfère le siège du gouvernement des palais de la Jenina à la forteresse de la Casbah.

Le 30 avril 1827, Pierre Deval, le consul de France, rencontre le nouveau dey Hussein dans la salle d'audience de la forteresse pour régler, entre autres, une affaire d'argent et de dettes dues par la France depuis 1798 à des banquiers juifs algériens. Hussein, offensé par son refus, assène à l'envoyé un coup d'éventail aux graves répercussions. La France se fâche et, soucieuse également d'empêcher les Anglais de prendre trop de place en Méditerranée, exige excuses et réparations. Le dey refuse, la France entame le blocus des côtes, le comptoir français de La Calle (El-Kala, à l'est d'Annaba) est détruit par les Algériens... Les politiques se déchaînent à Paris, les uns demandant une intervention immédiate, les autres prônant le blocus.

En juillet 1829, le dey, encouragé par les Anglais, fait donner du canon contre un navire français, mais les autorités parisiennes refusent toujours d'intervenir. Après quelques tentatives de conciliations et l'échec des pourparlers avec l'Egyptien Mehemet Ali, héritier de la Sublime Porte, le Conseil des ministres de Charles X annonce en mars 1830 un débarquement sur les côtes algériennes. Il s'agissait alors de venger l'offense faite à la France, sans intention officielle de colonisation. Le ministre de la Guerre et commandant en chef des armées, le controversé général de Bourmont, fait préparer 103 navires de guerre, 347 bateaux de commerce pour un corps expéditionnaire de 37 612 hommes, comptant alors sur la défection d'Istanbul et sur les protestations formelles des Anglais qui croyaient Alger encore invincible.

Le 10 juin 1830, la flotte française quitte Palma de Majorque où elle avait fait escale et met le cap sur la baie de Sidi-Ferruch (Sidi-Fredj, à 25 km à l'ouest d'Alger), assez peu défendue. Le débarquement commence le 14 juin mais les opérations militaires sont remises à plus tard du fait du retard pris par une partie de la flotte.

Entre le 28 juin et le 4 juillet, l'armée avance rapidement et, le 5 juillet 1830, après les batailles de Staouéli, Chrafa et El-Biar, le dey capitule et accepte que les Français occupent les forts et la Casbah à condition que lui, sa famille et les janissaires (miliciens turcs) puissent se retirer sans dommages et que la population et la foi musulmane soient respectées. Le 15 juillet, l'Algérie avait cessé d'être sous domination turque.

Les troupes de de Bourmont continuent d'avancer vers la Mitidja et se heurtent le 23 juillet aux troupes du bey Mustapha Bou Mezrag sur la route de Blida. Le 26 juillet, alors que se déroulent à Paris les Trois Glorieuses qui mettront fin au règne de Charles X, Bône (Annaba) et Bougie (Bejaïa) se soumettent. Le 27, les Français débarquent à Mers El-Kebir et entament des pourparlers avec le bey d'Oran.

Mais à Paris le gouvernement a changé, Louis-Philippe est monté sur le trône de France avec l'aide d'Adolphe Thiers. Le 12 août 1830, de Bourmont, qui avait été nommé maréchal de France avant la destitution de Charles X, est remplacé par le général Clauzel. Le gouvernement français, peu décidé à conquérir l'Algérie, recommande juste de liquider l'autorité turque qui régnait sur 3 millions d'habitants. C'est alors qu'entrent en scène les Marocains qui veulent profiter de la situation pour s'étendre vers l'est. Leur tentative de prise de Tlemcen favorise la reconnaissance par la population de l'émir Abdelkader, fils du Mahdi (" envoyé du Prophète ") Ed-Din, le représentant d'un mouvement maraboutique appelé à la rescousse par Hassan, le bey d'Oran. Le 4 janvier 1831, la brigade Damrémont occupe Oran et le général Clauzel remplace le bey Hassan, qui s'enfuit vers Alexandrie puis à La Mecque, par le prince tunisien Achmet. Mais Paris hésitant toujours, les effectifs militaires sont réduits, les généraux se succèdent - Berthezène, le duc de Rovigo et Voirol en moins de deux ans - et la situation devient confuse.

En avril 1831, le sultan Abderrahmane du Maroc profite du départ d'Achmet pour reprendre du terrain avec l'aide des tribus Douair et Smela. Mahdi Ed-Din, le père d'Abdelkader, est nommé khalife du sultan du Maroc. A partir d'août 1831, les Français dirigés par le général Boyer reprennent l'avantage à l'ouest, poussent Abderrahmane et Mahdi Ed-Din à renoncer à leurs pouvoirs et occupent Arzew et Mostaghanem. Annaba est reprise en 1831, Bejaïa en 1833, mais les rivalités entre tribus, chefs de guerre et marabouts influents, compliquent l'avancée des Français.

En mai 1832, Mahdi Ed-Din qui avait réuni autour de lui des tribus de l'ouest et proclamé le djihad (guerre sainte) attaque Oran sans beaucoup de succès. Il est lâché par ses partisans qui lui préfèrent son fils Abdelkader, nommé émir avant son entrée dans Mascara, au sud-est d'Oran.

En avril 1833, le général Boyer est remplacé par le général Desmichels qui réussira à entrer en contact avec l'émir Abdelkader et à lui faire accepter un accord en février 1834. Mais la précipitation de Desmichels au moment de rédiger le traité et un problème de traduction et de notes préliminaires qui avaient été prises au sérieux par Abdelkader fera capoter l'accord dénoncé par l'émir. A Paris, l'opinion est circonspecte : on ne voit pas bien l'intérêt de poursuivre les efforts, coûteux, d'occupation. Une commission d'enquête composée de parlementaires et de militaires et dirigée par Hippolyte Passy se rend en Algérie pour finalement recommander de rester en Afrique du Nord, au moins pour l'honneur de la France... Le 22 juillet 1834, une ordonnance royale nomme Drouet d'Erlon premier gouverneur général des " possessions françaises dans le nord de l'Afrique ", chargé d'organiser l'occupation de la seule bande côtière en entretenant les meilleures relations possibles avec les chefs de l'intérieur. Le terme Algérie n'apparaît dans les textes officiels qu'en 1838.

De l'autre côté du territoire, Ahmed, le dernier bey de Constantine, abandonne la ville mais il résistera encore une dizaine d'années dans les montagnes des Aurès. Des soulèvements plus ou moins importants auront encore lieu en 1849, 1851, 1859, 1860, 1864 et en 1871, la plupart en Kabylie, au sud d'Oran, au sud de Constantine et dans les Aurès.

Pour en savoir plus sur l'Algérie précoloniale et les débuts de la colonisation française

Abdelkader de Smaïl Aouli, Fayard, 1994.

Abdelkader de Bruno Etienne, Hachette Littératures, Pluriel, 2002.

Abdelkader le magnanime de Bruno Etienne et François Pouillon, Découvertes Gallimard, 2003.

L'Algérie à l'époque d'Abdelkader de Marcel Emerit, Bouchène, 2003. Réédition.

Ecrits spirituels d'Abdelkader, Point Seuil.

L'Afrique antique, histoire et monuments d'André Laronde et Jean-Claude Golvin (dessins), Taillandier, Historia.

Histoire de l'Algérie contemporaine, la conquête et les débuts de la colonisation : 1827-1871 de Charles-André Julien, PUF, 1986.

Histoire de la France coloniale, des origines à 1914, tome 1 de Jean Meyer, Colin, 1991.

Histoire contemporaine du Maghreb : de 1830 à nos jours de Jean Ganiage, Fayard, 1994.

L'Algérie des origines à nos jours de Jean-Jacques Jordi, Autrement Jeunesse, 2003.

L'Algérie des Algériens : de la préhistoire à 1954 de Mahfoud Kaddache, Paris-Méditerranée, 2003.

La Maison de lumière de Noureddine Saadi, Albin Michel, 2000. Un agréable roman autour de la construction d'Alger.

L'émir Abdelkader

Abdelkader est né en 1807 dans le village d'EI-Qaïtana, près de Mascara. Fils de Mahdi Ed-Din, un chef soufi influent, il apprend dès son plus jeune âge le Coran, la langue arabe, l'histoire et la géographie au contact des hôtes de la zaouïa de son père. A 18 ans, il suit son père en pèlerinage à La Mecque, à Médine et à travers le Moyen-Orient.

En 1830, à l'arrivée des Français, il participe à la défense d'Oran. Son père le fait proclamer émir (chef) le 21 novembre 1832 par les tribus de l'ouest. Combattant autant les Français que les derniers Turcs établis à Tlemcen et à Mostaghanem, il accepte de signer le 26 février 1834 un traité avec le général Desmichels qui le lui accorde, entre autres, le titre de Commandeur des Croyants (Emir El-Moumenin) ce qui lui permet d'étendre son influence jusque dans la région d'Alger. En 1835, Trézel, le successeur de Desmichels, s'emploie à dénoncer l'accord de l'année précédente, ce qui relance les hostilités. Mais les défaites de Mascara et de Tlemcen font douter les alliés de l'émir qui appelle à la guerre sainte (djihad). En appelant les musulmans à combattre les infidèles, il réussit à réunir de nouvelles troupes et à infliger quelques défaites aux Français, notamment au camp de la Tafna. En juillet, on le croit enfin écrasé à Sikkak. Mais en gênant le ravitaillement des troupes françaises par les tribus locales, il parvient à restaurer son prestige, suffisamment pour que le futur maréchal Bugeaud soit envoyé par le gouvernement de Louis-Philippe pour négocier. Devant la menace grandissante d'Abdelkader à l'ouest et suite à l'échec de la première expédition contre Constantine (1836), on propose à l'émir le traité de la Tafna qui sera signé le 30 mai 1837. Par ce traité, l'émir Abdelkader obtint la reconnaissance de son autorité sur d'importants territoires et en profita pour organiser un Etat (impôts, justice, instruction et commerce) et renforcer son armée. Il fit même construire des manufactures d'armes à Médéa, Miliana et Mascara. Mais, en novembre 1839, alors qu'il doutait encore de la sincérité des Français, il prit comme prétexte le passage de la colonne du duc d'Orléans par le défilé des portes de fer pour relancer les hostilités et appeler au djihad.

Bugeaud, nommé gouverneur général de l'Algérie en 1840, choisit la manière forte en prenant systématiquement en tenaille les positions des partisans d'Abdelkader et en leur ôtant tout soutien logistique. " Anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens " écrit en mars 1843 de Montagnac.

Cette terrible politique de terre brûlée devant conduire à la défaite totale de l'émir, le duc d'Aumale, quatrième fils de Louis-Philippe, et le général Yusuf sont envoyés en mai 1843 à la poursuite de la Smala, l'ensemble des campements partisans de l'émir. Abdelkader se réfugie au Maroc et revient en 1845 à la faveur d'une insurrection algérienne préparée depuis son exil. Il écrase la colonne de de Montagnac à Sidi-Brahim mais, après la défaite d'Isly face à Bugeaud, il doit retourner au Maroc qui supporte de plus en plus mal sa présence dangereuse pour le sultanat. Acculé, l'émir Abdelkader se rend au général Lamoricière le 23 décembre 1847.

En février 1848, la chute de la monarchie de Juillet entraîne la création d'un gouvernement provisoire républicain. L'émir Abdelkader est emmené prisonnier en France. Après quatre ans de captivité à Toulon puis au château d'Amboise, sa liberté lui est rendue en octobre 1852 par le nouveau prince-président Louis-Napoléon qui lui propose de partir pour Brousse en Turquie tout en rendant " justice à [son] courage, à [son] caractère, à [sa] résignation dans le malheur. [... ] ayant pleine foi dans [sa] parole ".

De Brousse puis de Damas où il vivra jusqu'à sa mort, il a plusieurs fois l'occasion de tenir sa promesse de fidélité à la France, comme pendant les émeutes antichrétiennes qui agitent Damas en 1860. Appelant à l'aide les anciens fidèles qui l'avaient suivi, il aurait réussi à sauver plus de 12 000 chrétiens dont des dignitaires français en poste en Syrie. Au cours d'un voyage en France en 1865, il reçoit le grand cordon de la Légion d'honneur. Pendant la guerre de 1870, il appelle les Algériens qui osent encore se rebeller contre la France à mettre fin à leurs exactions et à soutenir l'effort de guerre.

Après sa mort survenue le 26 mai 1883, son image a très rapidement été exploitée par les autorités françaises qui tenaient sa " conversion " pour l'exemple à suivre par les populations d'Afrique du Nord. Mais plus qu'un homme politique, chef militaire et religieux intègre, l'émir Abdelkader était aussi un homme de lettres, un philosophe et un poète idéaliste vers la fin de sa vie marquée par une grande piété proche de l'ascétisme. " Si les musulmans et les chrétiens me prêtaient l'oreille, je ferais cesser leurs divergences et ils deviendraient frères à l'extérieur et à l'intérieur "...

Colonisation française

En 1830, les plans politiques et militaires ne prévoyaient pas la colonisation de l'Algérie qui n'intéressait pas les Français. " La colonisation est une chose absurde, point de colons, point de terres à leur concéder, point de garanties surtout à leur promettre. Il faut réduire les dépenses à leur plus simple expression et hâter le moment de libérer la France d'un fardeau qu'elle ne pourra et qu'elle ne voudra porter plus longtemps ", disait le député Dupin en 1834. Bresson, l'un des premiers administrateurs civils, pensait également que la colonisation ne pouvait être qu'un rêve. Il apparaît très vite que la France reste en Algérie parce qu'elle ne peut en sortir. Pourtant, dès les toutes premières années de la présence française, principalement militaire, des hommes ont gagné les récentes possessions. Il s'agissait souvent d'aventuriers en quête de meilleure fortune, de spéculateurs fonciers mais aussi, souvent, de gens qui devaient refaire leur vie ou échapper aux autorités métropolitaines. Proches des bases militaires, les plaines littorales ont été les premières convoitées par ces colons qui n'avaient pas tous une expérience agricole. A quelques kilomètres seulement d'Alger, ils ont trouvé la Mitidja, une plaine marécageuse, infestée de moustiques et donc de malaria, inculte. " Pendant longtemps, on a dit d'un visage rendu par la fièvre : c'est une figure de Boufarik. Ce point avait une telle réputation d'insalubrité que les militaires ou les voyageurs qui étaient obligés de le traverser, le faisaient le plus rapidement possible, en se voilant le visage ou en se bouchant le nez, dans la crainte d'aspirer son air pestilentiel. " La mortalité y est très élevée, les fonctionnaires envoyés sur place, s'ils ne meurent pas rapidement, reviennent très vite les uns après les autres de cet enfer. Le maréchal Bugeaud lui-même meurt en 1849 du choléra.

" Au-delà est l'infecte Mitidja. Nous la laisserons aux chacals, aux courses des bandits arabes, et en domaine à la mort sans gloire. Nous y trouvons Boufarik, Blida, qui sont de grands inconvénients militaires. Des plaines telles que celles de Bône, de la Mititdja et tant d'autres, sont des foyers de maladies et de mort. Les assainir ? On n'y parviendra jamais... ", écrivait en 1841 un certain Duvivier, qui préconisait de limiter l'occupation française au Sahel, soit à une étroite bande côtière. Mais la plupart des colons qui avaient tout quitté pour venir ici se sont accrochés, ont drainé les marais et, signe qu'ils comptaient rester, ont construit des maisons en dur, bientôt rejoints par des Maltais, des Siciliens, des Sardes, des Catalans des Baléares, des Napolitains ou des Andalous qui ont apporté avec eux leur expérience du climat et des difficiles conditions de vie. Il faudra cependant travailler dur une vingtaine d'années pour que les terres deviennent cultivables. Au recensement de 1886, il y avait en Algérie presque autant de Français de souche que de colons d'origine étrangère. Les terres sur lesquelles vivaient des familles arabes et kabyles et où paissaient leurs troupeaux mais dont la propriété n'était pas établie par l'administration française étaient réquisitionnées et attribuées par lots aux colons, souvent après tirage au sort. Les familles autochtones devaient alors payer un fermage pour rester, ou partir plus au sud et, souvent, se regrouper pour agir contre le colonisateur.

Pendant ce temps-là, les militaires continuent d'avancer, malgré la résistance de l'émir Abdelkader, définitivement vaincu après la victoire du général Bugeaud à l'Isly en 1844, et d'Hadj Ahmed Bey, en fuite après la chute de Constantine en 1837. En 1854, les Français s'emparent de Laghouat et de Touggourt aux portes du Sahara. En 1857, la conquête de la Kabylie est achevée par le général Randon qui laisse aux Kabyles certaines de leurs institutions et une relative autonomie locale après une période désolante dominée par la résistance menée par l'héroïque Fadhma N'Summer.

En 1860, Napoléon III, éclairé par les aspirations saint-simoniennes, débarque en Algérie pour se rendre compte sur place de la possibilité de création d'un " royaume arabe ", une sorte de protectorat autoritaire mais " bienveillant ". L'empereur des Français se proposait d'être le sultan des musulmans. Résultat : les colons furent tenus de s'installer dans des espèces de réserves, des terres désignées, le reste du territoire, le " royaume arabe ", devant se débrouiller seul. Dans le même esprit, on prévoit que l'Algérie doit être gérée directement de Paris.

Le ministère de l'Algérie est confié au cousin de l'empereur, le prince Napoléon, qui échoue dans cette tâche impossible. En 1830, quand les Français ont débarqué près d'Alger, il y avait d'un côté les dirigeants turcs, de l'autre les paysans arabes et berbères. Il n'y avait pas en Algérie de classe dirigeante locale ni de bourgeoisie, contrairement à la Tunisie et au Maroc, et la colonisation n'a fait qu'amplifier cette " fracture sociale ".

La venue de l'empereur est l'occasion de plans de développement de l'Algérie. Les architectes se battent pour faire d'Alger une véritable capitale, inaugurant une série de grands projets d'urbanisme qui en feront l'une des premières villes " modernes ". En 1863, on y installe un gouvernement militaire. En 1865, l'impératrice Eugénie fait le voyage pour y inaugurer le boulevard qui porte son nom en front de mer.

Sous le Second Empire, le territoire algérien est rattaché à la France et divisé en trois départements - l'Algérois, le Constantinois et l'Oranais -, et est l'objet de nombreuses réformes administratives (préfectures et sous-préfectures) et d'un peuplement de plus en plus intense. La guerre de 1870 et ses suites sont l'occasion de l'arrivée de plus de 130 000 colons, dont des communards mais aussi des Alsaciens et des Lorrains chassés par le rattachement de leur région à la nouvelle Allemagne.

En 1871, de nouvelles réformes sont introduites comme le remplacement de l'autorité par une autorité civile unique. Le décret Crémieux, publié en 1871, naturalise en masse les juifs d'Algérie, ce qui ne manque pas de provoquer l'indignation des musulmans relégués à une citoyenneté de seconde zone. Ils n'ont que le droit de partir à la guerre... Alors que les effectifs militaires ont baissé, rappelés en Europe pour la guerre, la Kabylie se soulève, en janvier 1871, entraînée par une mutinerie de spahis qui refusaient de s'embarquer pour Marseille. En quelques jours, 150 000 Kabyles appelés au djihad par le cheikh Haddad se retrouvent dans la plaine de la Mitidja. Opposant la rapidité et la force de feu des nouveaux matériels militaires au fusil à pierre des rebelles, le mouvement est durement réprimé en juillet. Les hommes faits prisonniers, s'ils échappent à la condamnation à mort, sont déportés en Nouvelle-Calédonie avec les Communards parisiens.

En 1881, la publication du " code de l'indigénat " autorise les autorités coloniales à sanctionner les Algériens en dehors du droit commun et consacre une citoyenneté de seconde zone. En 1889, les Français nés en Algérie sont automatiquement naturalisés.

La politique d'expansion continue et, en 1882, les Français occupent le M'Zab à 600 km au sud d'Alger. Les années suivantes sont consacrées au renforcement de la présence coloniale et militaire. En 1898, on crée à Alger une espèce de parlement, les Délégations financières, qui apporte à l'Algérie une plus grande autonomie. Au progrès matériel et à la construction d'infrastructures (routes ou voies ferrées), l'administration coloniale oppose les habituelles injustices (confiscation des terres, mosquées remplacées par des églises ou négation de la culture locale) dispensées au nom de la civilisation.

Au début du XXe siècle, le Grand Sud est en voie de " pacification ". L'Afrique du Nord est bientôt totalement sous domination française - la Tunisie depuis le traité du Bardo en 1881, le Maroc lors de la convention de Fès en 1912. L'Algérie, décrite par les peintres et les écrivains (Eugène Fromentin, Guy de Maupassant, etc.) attire la bonne société métropolitaine qui vient y séjourner, pour s'imprégner d'Orient, se refaire une santé ou partir à l'aventure.

La pénétration saharienne

Après la mise sous protectorat du M'Zab en 1853 et l'achèvement de la conquête de la région de Laghouat et de Touggourt en 1854, les troupes allaient-elles continuer vers le sud ou non ? On commençait alors tout juste à s'intéresser au centre de l'Afrique dont revenaient des explorateurs forts de découvertes fascinantes. Le gouverneur Faidherbe étant bien installé au Sénégal, on projette rapidement d'atteindre le Sénégal, la boucle du Niger et le lac Tchad au départ de l'Afrique du Nord. La nécessité de mettre fin aux rezzous des nomades du sud est l'occasion de retrouver la route du Soudan et les voies commerciales entre la Tripolitaine et le sud marocain. Les bonnes relations entretenues avec Si Hadza Ben Ed-Din, le bachagha des Oulad Sidi Cheikh, permettent de suivre la route des oasis au sud de la province oranaise.

A l'est, la région de l'oued Rhir et El-Oued investie par des planteurs européens est le point de départ d'expéditions à but économique vers Ghadamès et Ghat en actuelle Lybie. Des voyageurs indépendants suivent leurs propres routes. Parmi eux, Rohlfs, un ancien légionnaire, rejoint la Tripolitaine à partir du Tafilalet marocain et Duveyrier, qui est le premier à entrer en contact avec les Touaregs. Protégé par le cheikh des Iforhas et l'amenokhal des Kel Ajjers, il montre que le Sahara n'est pas une barrière infranchissable et recueille des informations précieuses pour les futures expéditions.

Dans les années 1860 à 1870, en pleine insurrection des tribus sahariennes, l'exploration du grand désert prend un tour spirituel avec la création, par l'idéaliste cardinal Lavigerie, de l'ordre des Pères blancs toujours présent en Afrique. Les missionnaires, ou soldats du Christ, devaient précéder les armées en " instruisant " les populations mais leur prosélytisme s'est très vite heurté à l'autorité des marabouts. L'assassinat de plusieurs prêtres, plutôt que de décourager la conquête, a contribué à exciter l'imagination populaire et lancé sur leurs traces nombre d'explorateurs et de militaires. Ayant très vite renoncé à la propagande, les Pères blancs se sont consacrés à des oeuvres de charité et d'éducation, aux côtés des Soeurs blanches, et à l'étude de leur nouvel environnement.

La guerre franco-prussienne de 1870 et ses suites n'ont pas ralenti les rêves de conquête et de richesses promises au-delà du Sahara. La IIIe République ayant besoin de projets fédérateurs, on lança l'idée d'un chemin de fer qui relierait les possessions françaises en Afrique. Mais le tracé arbitraire du Transsaharien n'est resté qu'une ligne sur les plans d'étude et la voie ferrée n'a jamais dépassé Biskra ou Djelfa, à une centaine de kilomètres au nord de Laghouat.

Les difficultés matérielles et humaines étaient trop nombreuses, la précipitation trop grande - on voulait poser les voies en même temps qu'on en découvrait le tracé - et l'échec de la mission Flatters en février 1881 porta un coup fatal au projet. Cette mission, commandée par le lieutenant-colonel Paul Flatters avait déjà réussi la percée de la ligne Ghadamès-Temassinine-El-Goléa et devait au cours de cette seconde mission rejoindre le Soudan par l'est du Hoggar, mais le groupe a été arrêté lors d'une embuscade tendue par des Touaregs qui leur reprochaient d'avoir traversé leurs terres sans permission. 96 hommes ayant été tués, le retentissement a été important en France et la pénétration du Sahara ralentie. Il faudra attendre presque une vingtaine d'années pour retrouver la route du Sud et des hommes comme Foureau ou Lamy.

A partir de 1898, les pays bordant le Sahara sont à peu près tous reconnus et le but à atteindre par tous est le lac Tchad. Trois grandes missions sont organisées dont une au départ de l'Algérie dirigée par Foureau et Lamy, certains qu'une organisation militaire légère mais très encadrée d'une petite troupe de 300 hommes suffirait. Les deux autres missions partirent l'une de Dakar, l'autre de Libreville et tous, après de grandes difficultés, se retrouvèrent en avril 1900 au lac Tchad.

A la suite de la mission Foureau-Lamy, le Tidikelt, le Touat et le Gourara sont entièrement occupés, dessinant une ligne de postes joignant Colomb-Béchar à l'ouest à Ouargla au centre-est.

En 1902, le lieutenant Cottenest accompagné d'une centaine de " goumiers " (méharistes supplétifs recrutés localement) reconnaît rapidement le Hoggar, avant de battre un groupe de Touaregs à Tit, au nord de Tamanrasset. Reste à s'installer plus durablement. C'est ce que se proposent de faire le Lyautey ou le commandant Laperrine, aidés par la création en 1902 d'un nouvel organisme administratif, les Territoires du Sud algérien, qui doit gérer les énormes dépenses entraînées par la conquête et empêcher les abus de pouvoir de petits chefs militaires isolés. On prévoyait que des villes comme Biskra, Touggourt, Laghouat ou Méchéria, des centres agricoles rentables situés aux confins nord de la nouvelle zone administrée, apporteraient par les impôts prélevés une source de revenus nécessaires à l'entretien du Grand Sud beaucoup plus pauvre.

Le général Lyautey, futur maréchal, est envoyé au sud de l'Oranais en 1903 par M. Jonnart alors gouverneur général. Investi de pouvoirs étendus, le saint-cyrien, issu d'une famille militaire de Lorraine, s'emploie dès son arrivée à organiser la présence française par des actions politiques visant à gagner la confiance des chefs de tribus autrefois rebelles et par la création de postes judicieusement situés, dont Colomb-Béchar est le meilleur exemple. A partir de 1907, la situation pour le moins instable au Maroc pousse la France à faire des incursions dans ce pays depuis l'Algérie. C'est l'occasion des premiers pas marocains du général Lyautey qui occupe Oujda puis une bonne partie de l'Est marocain. En avril 1912, il est nommé par décret Résident général au Maroc, ce qui lui donne quasiment les pleins pouvoirs dans un pays où il développera avec un certain succès les actions entreprises en Algérie.

Dans le même temps, plus à l'est, le capitaine Laperrine entamait d'une façon différente une campagne qui promettait beaucoup. Le capitaine qui s'était déjà illustré au Soudan par de nombreuses percées victorieuses connaissait assez bien le monde touareg et n'avait de cesse de rencontrer les Kel Hoggar sur leurs terres. En 1898, il est nommé à la tête de l'escadron de spahis sahariens méharistes à El Goléa. Il crée des corps de méharistes indigènes recrutés parmi les nomades. Les cadres de ces troupes plus mobiles et moins coûteuses, des officiers français bien formés, administrent eux-mêmes les territoires et les tribus avec lesquelles Laperrine préconise le plus de relations amicales possible. Ce qui réussit très bien avec Moussa Ag Amestane (1867-1921), l'amenokhal des Kel Hoggar, et les Kel Rela de l'Adrar.

A l'est et plus au sud, d'autres missions ont réussi (Touchard, Theveniaux, Venel, Nieger...) mais ce sont celles de Laperrine qui ont le plus marqué, notamment grâce à son amitié avec un ancien soldat, le père de Foucauld, venu se retirer sur les rives de l'oued Tamanrasset au sud-est du massif du Hoggar. En hommage au militaire, la ville qui s'est développée à l'endroit où vivait le saint homme, la future Tamanrasset, et, à proximité, le pic Ihaghen ont porté le nom du capitaine jusqu'en 1962.

Après la Grande Guerre et au début des années 1920, l'administration marque le pas, préoccupée par les problèmes de sécheresse qui frappent les populations du sud. En 1922, la première traversée du Sahara en automobile est un succès. D'autres expéditions suivent et balisent les grandes pistes vers le Niger et le Mali (Estienne, Berliet...). Les " actualités " des salles de cinéma montrent les prouesses de la fameuse Croisière noire des autochenilles Citroën partie de (Colomb-) Béchar et qui doit rallier le Sud du continent. Au début des années 1930, le Sahara est à nouveau l'objet d'enthousiastes projets de développement.

Le temps des revendications

Cependant, quelques émeutes viennent de temps en temps troubler la tranquille assurance coloniale. En 1910, c'est par exemple un mouvement de résistance à la conscription obligatoire instaurée après la guerre de 1870 qui agite plusieurs régions d'Algérie.

Mais pendant la Première Guerre mondiale, les troupes algériennes sont composées de colons, de fils de colons et de tirailleurs algériens. Près de Mascara, à l'ouest, les Béni Chougrane prennent les armes, refusent de partir en Europe et se battent contre les troupes françaises ; dans le Constantinois, des fermes sont attaquées ; au sud-est, les Sénoussites se soulèvent - le père de Foucauld sera assassiné le 1er décembre 1916 au cours de l'une de leurs actions - et dans les Aurès, on libère des conscrits en attaquant des convois militaires français. En 1918, l'administration envoie le général Laperrine mater l'insurrection des Touaregs du Hoggar.

En 1919, un décret propose la nationalité française aux Algériens qui renieraient l'islam. Si 20 000 Algériens cèdent, l'apostasie est inacceptable pour les autres, dont les Jeunes Algériens, un mouvement né quelques années plus tôt et animé par l'émir Khaled, petit-fils d'Abdelkader. Le groupe est composé d'hommes de lettres et d'intellectuels qui ont bénéficié de l'enseignement dispensé par l'école républicaine. Il réclame l'égalité des devoirs et des droits entre les métropolitains et les habitants de l'Algérie.

En 1926, Ahmed Messali Hadj crée l'Etoile nord-africaine dont les sections clandestines réclament l'indépendance, de la même façon que le parti communiste algérien (PCA). Ce groupe plusieurs fois dissous deviendra en 1937 parti populaire algérien (PPA, dissous en septembre 1939), en 1945 Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et, en 1954, Mouvement national algérien (MNA). Ce mouvement a été l'un des premiers à faire de la résistance anticoloniale rurale une lutte politique urbaine.

Dans le même temps, alors que le gouvernement célèbre en grande pompe le centenaire de l'Algérie, un courant de pensée réformiste qui s'inspire des frères musulmans égyptiens aboutit en mai 1931 à la création de l'Association des oulémas musulmans algériens. Ce mouvement, regroupé autour des cheikhs Abdelhamid Ben Badis et Bachir Ibrahimi, d'abord religieux et moral, revendique peu à peu l'indépendance de leur pays mais " avec l'aide de la France ". Il demande également le " nettoyage " de l'islam des superstitions et du maraboutisme, dont on dit qu'ils ont été encouragés par l'administration coloniale. Leur première action importante sera l'ouverture, en 1939, de 233 medersas dans toute l'Algérie, où seront entretenues les idées nationalistes.

En 1936, le Congrès musulman qui attend beaucoup du Front populaire tout juste arrivé au pouvoir publie une " charte revendicative ", sans être entendu. Le projet de réforme Blum-Viollette - Viollette avait été gouverneur général d'Algérie - qui prévoyait entre autres le droit de vote pour 65 000 Algériens est rejeté par les colons. Par ailleurs, les temps sont durs hors des villes : " Je crois pouvoir affirmer que 50 % au moins de la population se nourrissent d'herbes et de racines ", écrit Albert Camus en juin 1939 dans Alger républicain.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la défaite de la France face aux Allemands et le débarquement anglo-américain en novembre 1942, appuyé par les mouvements de résistance nord-africains, donnent une certaine confiance et laissent entrevoir l'aboutissement des revendications. En février 1943, Fehrat Abbas et quelques autres élus publient le Manifeste du peuple algérien qui demande une Constitution où " l'égalité absolue entre hommes quelle que soit la race ou la religion sera proclamée ". En juin de la même année, le gouverneur général approuve le projet de participation des représentants musulmans au gouvernement algérien, dans un premier temps, et la création d'un Etat algérien dès la fin du conflit, mais ce n'est qu'une façon de calmer les esprits : dès mars 1944, une ordonnance de de Gaulle, qui avait créé à Alger le Comité français de libération nationale et le Gouvernement provisoire de la République française en juin 1943, reprend le projet Blum-Viollette... L'idée première d'assimilation semble peu à peu abandonnée.

Les Algériens, qui ont participé à la libération de la France, ont soutenu les troupes alliées basées en Afrique du Nord et ont connu avec les Français d'Algérie de violents bombardements sur leurs côtes, attendaient un peu plus de reconnaissance. Les Amis du Manifeste de la liberté se regroupent, les slogans nationalistes fleurissent sur les murs des villes. Fin 1944, des membres du PPA (parti populaire algérien) mettent en place une organisation secrète paramilitaire prônant des actions dures.

D'autres encouragent les " défilés pacifiques ", mais c'est l'un de ces défilés qui marquera le réel début des hostilités.

Le 8 mai 1945, le PPA appelle les Algériens à descendre dans la rue célébrer la chute du nazisme, et son espoir de réforme, à l'occasion de la signature de l'Armistice marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais dans le défilé, un drapeau algérien et des banderoles aux slogans indépendantistes apparaissent. On entend des coups de feu. A Guelma, la manifestation est arrêtée par la mort de quatre manifestants. La foule rugit, les émeutes et les coups de force qui suivent sont violents, la répression de l'insurrection encore plus. Une centaine d'Européens sont assassinés par les insurgés mais la réaction des autorités est immédiate : la gendarmerie, l'armée, les blindés, l'aviation, l'artillerie de marine et même des milices de colons sont appelés en renfort. On estime le nombre de morts algériens à 1 500 selon l'histoire de France - au pire pas un mot -, et à 45 000 selon l'histoire d'Algérie. Kateb Yacine, l'un des plus grands écrivains algériens, originaire de Sétif, avait seize ans à l'époque : " On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues... La répression était aveugle ; c'était un grand massacre [... ] " (Le 27 février 2005, la France, par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France à Alger, a évoqué pour la première fois sa responsabilité dans ce drame).

La répression, qui s'est achevée, dit-on, par des séances publiques de soumission collective, semble avoir " rétabli l'ordre " mais les partisans de l'indépendance, de moins en moins de l'assimilation, continuent de se rencontrer. En 1946, naît l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Fehrat Abbas tandis que certains membres du PPA réclament la création d'une organisation paramilitaire. Le MLTD, ex-Etoile nord-africaine de Messali Hadj, se réunit pour la première fois et clandestinement en congrès et crée en février 1947 l'Organisation spéciale, une section paramilitaire. En octobre de la même année, les élections municipales aux résultats truqués allongent l'impasse. En septembre, un nouveau statut est appliqué à l'Algérie. Conservateur, il ne change pas grand-chose aux statuts de 1900 : l'Algérie est un ensemble de départements dont l'exécutif est dirigé par le Gouverneur général, le législatif aux mains de l'Assemblée nationale française et les finances du ressort de l'Assemblée algérienne où la représentation est inégale entre les citoyens français et les " musulmans ". Les députés musulmans n'acceptent pas ce nouveau statut défavorable aux 7 800 000 des leurs qui ne verront jamais aboutir les promesses du nouveau statut (suppression des communes mixtes, indépendance du culte musulman, enseignement de l'arabe, droit de vote aux femmes musulmanes). A ce moment, l'Algérie divisée en trois départements " grands comme quarante départements français moyens, et peuplés comme douze " (Camus) dépend du ministère de l'Intérieur.

Le 5 janvier 1948, le PPA-MTLD associé au Néo-Destour tunisien et à l'Istiqlal marocain fondent au Caire le Comité de libération du Maghreb arabe. L'assassinat en décembre 1952 de Ferhat Hached, le dirigeant tunisien de l'UGTT soutenu par Bourguiba et le Néo-Destour, par des terroristes qu'on suppose être des policiers, secoue la région et montre aux nationalistes que la puissance coloniale est prête à transgresser ses propres règles... En avril, on organise d'autres élections censées annuler les premières. Au premier tour, le MTLD l'emporte mais le second tour aboutit à la victoire de l'administration française, comme aux prochaines élections de 1951 et de 1954.

La guerre d’Indépendance

En mars 1954, les partisans de la lutte armée dont Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed et Mohammed Khider créent le Comité révolutionnaire pour l'unité et l'action (CRUA), le futur FLN. La chute de Dien Bien Phu, le 7 mai, ouvre de grandes perspectives, notamment celles de la lutte armée, mais, en juin, les conflits internes agitant les mouvements nationalistes poussent un groupe de 22 partisans menés par Didouche Mourad - tombé en janvier 1955, il deviendra un véritable héros de la révolution - et Ben Boulaïd à s'organiser de leur côté.

Le 1er novembre 1954 à minuit, le CRUA, le " groupe des 6 ", passe à l'action en organisant simultanément une cinquantaine d'attentats dans les Aurès et en Grande Kabylie. C'est le début des " événements ". La guérilla urbaine et rurale menée par le tout nouveau Front de libération nationale (FLN) amène le Parlement français à voter l'état d'urgence le 31 mars 1955. En avril, Yazid et Aït Ahmed (FLN) font une déclaration commune lors de la conférence des pays non-alignés à la conférence de Bandoeng. En mai, des réservistes rappelés partent pour l'Algérie, bientôt rejoints par 500 000 appelés, alors que Pierre Mendès France, le président du Conseil, négocie la paix avec la Tunisie et le Maroc qui seront indépendants en 1956. En août, les insurrections donnent lieu à des rafles meurtrières (Philippeville). L'état d'urgence est étendu à toute l'Algérie jusqu'en novembre. En septembre, le PCA est dissous alors qu'il était soutenu dans sa lutte contre la puissance coloniale par l'URSS qui menait de son côté une véritable campagne de colonisation de ses " satellites ". En octobre, Edgar Faure rejette la sécession et l'assimilation et se prononce pour l'intégration. Le discours général de la France restant vague et peu décidé, les tendances se radicalisent en Algérie.

En mars 1956, alors que le président du Conseil Guy Mollet est accueilli sous les tomates à Alger et que la guérilla tient les campagnes et menace de s'étendre aux villes, la France accorde par vote des " pouvoirs spéciaux " à la police et à l'armée. 61 membres de l'Assemblée algérienne demandent la reconnaissance d'une nationalité algérienne. La même Assemblée est dissoute en avril. En août, le FLN entérine au congrès secret de la Soummam (Kabylie) la création d'une Armée de libération nationale (ALN) dirigée par Krim Belkacem, du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) et Comité de coordination et d'exécution (CCE). Dès septembre, une vague d'attentats vise les quartiers européens d'Alger et inaugure la " bataille d'Alger " qui durera un an. Des " ultras " européens posent une première bombe dans la Casbah, véritable camp retranché du FLN, " guide unique de la Révolution ". En octobre, l'avion qui transporte du Maroc à Tunis plusieurs dirigeants nationalistes (Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider, Lacheraf) est détourné par les autorités françaises vers Alger où les nationalistes resteront en prison jusqu'à la fin de la guerre. La France est persuadée, entre autres, que le FLN est soutenu par l'Egypte panarabique de Nasser ; elle s'engage aux côtés des Anglais et des Israéliens dans l'expédition du canal de Suez.

En janvier 1957, le général Massu et sa 10e DP (parachutistes) sont chargés de rétablir l'ordre à Alger pendant la " grève des huit jours " menée par le FLN. En février, l'ONU adopte une résolution qui reconnaît implicitement le droit du peuple algérien à l'indépendance. Les méthodes utilisées par l'armée française sont de plus en plus dures, déplaçant les populations ou brûlant les villages soupçonnés d'accueillir des nationalistes. L'Algérie est isolée de la Tunisie et du Maroc indépendants par la ligne Morice, une barrière de clôtures électriques.

En mai, une opération du FLN contre le MNA de Messali Hadj jugé trop modéré entraîne la mort de 300 personnes à Melouza. A partir de juillet, les Algériens vivant en métropole, partisans ou non mais bientôt impliqués par le prélèvement d'un " impôt révolutionnaire " par le FLN qui frôle le racket, sont l'objet de tous les soupçons policiers.

En terre algérienne, arrestations et exécutions se multiplient. Pendant l'été, la " disparition " de Maurice Audin, un jeune professeur de mathématiques, membre du PCA, fait grand bruit à Paris, dans les journaux, à l'Assemblée et dans les tribunaux devant lesquels l'affaire est portée.

En février 1958, l'année où tout bascule, l'armée française bombarde " par erreur " un village tunisien. La destruction d'une école et la mort de ses écoliers indignent l'opinion internationale qui découvre également l'usage de la torture et de la guillotine dénoncé par des intellectuels français - l'ONU avait déjà rappelé à l'ordre la France deux ans plus tôt sur ce sujet. La Question, le livre d'Henri Alleg, ancien directeur communiste du journal Alger républicain, paraît ce même mois.

En mars, Maurice Papon est nommé préfet de Paris et déclenche d'importantes opérations de police contre les Algériens vivant en région parisienne. En avril, des représentants algériens, marocains et tunisiens annoncent à Tanger la création d'une Fédération maghrébine. Le 13 mai, alors qu'une vingtaine d'appelés sont massacrés à Palestro, les Français d'Algérie, inquiets, manifestent à Alger leur attachement à l'Algérie française ; le général Massu crée le Comité de salut public. En réaction, le président René Coty rappelle en juin le général de Gaulle ; le " sauveur de la France " obtient de l'Assemblée nationale les pleins pouvoirs le 2 juin. Il promet de maintenir l'Algérie française où les musulmans seront des " Français à part entière ". Lors de son premier voyage en Algérie, il prononce un discours encourageant vis-à-vis des Français d'Algérie et de ceux qui soutiennent l'Algérie française : " Je vous ai compris, je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie est celle de la rénovation et de la fraternité ". En octobre, il propose la " paix des braves " et déclare : " Quelle hécatombe connaîtrait l'Algérie si nous étions assez stupides et assez lâches pour l'abandonner. "

Mais la guerre ne cesse de durcir des deux côtés : les combattants du FLN mutilent ou égorgent ennemis et traîtres dont des Européens ou des partisans de Messali Hadj ; l'armée française utilise l'arrestation arbitraire, la torture et l'exécution sommaire à l'encontre des nationalistes ou supposés tels. En août, le FLN débute une campagne d'attentats en métropole, ce qui entraîne l'instauration d'un couvre-feu visant les Nord-Africains parisiens et lyonnais et la méfiance générale.

Le 18 septembre, le FLN crée le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) dirigé par Fehrat Abbas qui avait rallié le FLN en février 1956.

Le référendum du 28 septembre approuve la constitution de la Ve République dont de Gaulle est le premier président. Le traumatisme créé par la bataille d'Alger, le trouble de l'opinion publique française et internationale, l'isolement de la France dont l'incohérence de la politique coloniale est difficile à justifier - la France quitte l'Otan en mars - poussent de Gaulle à reconnaître le droit des Algériens à l'autodétermination le 18 septembre 1959. Dans sa déclaration, il propose en fait trois solutions : la sécession, la francisation ou l'association. Il lance aussitôt le plan de Constantine, une campagne de modernisation qui promet aux populations musulmanes l'accès à de meilleures conditions de vie (logements, écoles, administrations...). Mais peu de solutions politiques peuvent être proposées au cours des difficiles négociations qui s'ouvrent avec le GPRA qui exige l'indépendance comme préalable. Il s'agit de ménager les intérêts français en Algérie (pétrole saharien, début des expériences nucléaires à Reggane...).

Cette même année, l'arrestation puis la mort de chefs nationalistes, dont Amirouche Aït Hamouda, Si L'Houas et Aïssat Idir, redonnent espoir aux partisans de l'Algérie française. En mars, un complot mené par des colonels français et les bruits de guerre civile planant sur la France menacent les négociations. En juin, la conférence de Melun est un échec.

Le 24 janvier 1960, quelques jours après le rappel à Paris de Massu qui a critiqué la politique gaullienne, " la semaine des barricades " organisée dans le centre d'Alger par l'association estudiantine de Pierre Lagaillarde et le Front national français de Joseph Ortiz, le propriétaire d'une brasserie du centre, s'achève dramatiquement par la mort de 22 civils et policiers. Quinze jours plus tard, alors qu'explosait à Reggane la première bombe atomique française, le Gouvernement provisoire crée le Commandement général de l'armée de libération nationale avec à sa tête le colonel Houari Boumédiène.

Le 6 septembre 1960, 121 écrivains, universitaires et artistes aux noms prestigieux publient dans le journal Vérité-Liberté de Pierre Vidal-Naquet un manifeste par lequel ils reconnaissent le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie : " Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. ".

La venue du général de Gaulle en Algérie le 11 décembre 1960 donne lieu à des manifestations populaires durement réprimées alors que l'ONU approuve de nouveau l'autodétermination. La Communauté française créée en 1958 est réformée et accepte l'idée d'indépendance pour ses Etats membres, un peu à la manière du Commonwealth britannique.

Le 8 janvier 1961, le référendum organisé en France et en Algérie approuve le principe d'autodétermination de l'Algérie. Les Européens d'Algérie, les pieds-noirs, se sentent trahis et, pour certains, se tournent vers la rébellion et soutiennent la toute nouvelle Organisation de l'armée secrète (OAS) créée en février. En février, des négociations débutent à Lausanne entre représentants algériens et français. Le 26 mars, une manifestation européenne qui voulait forcer l'encerclement de Bab El-Oued est arrêtée par une fusillade qui fait 46 morts et 200 blessés rue d'Isly à Alger. L'impensable est arrivé : l'armée française a tiré sur les siens... Le 22 avril 1961, tentant le tout pour le tout, un " quarteron " de généraux français démissionnaires ou à la retraite (Challe, Salan, Jouhaud, Zeller) soutenu par l'OAS tente un coup d'Etat contre le gouvernement français. Le putsch échoue mais les attentats contre les autorités, algériennes et françaises, et la population continueront jusqu'en juin 1962. Manifestations, contre-manifestations et règlements de compte entre factions rivales de tous les bords viennent appesantir le climat social et politique, très proche de la guerre civile.

En mai, une première conférence entre le gouvernement français et le GPRA se tient à Evian. La France espère maintenant exercer sa souveraineté sur le prometteur Sahara. Les négociations n'aboutissent toujours pas, à cause du Sahara, pas plus qu'aux discussions menées à Lucerne quelques temps plus tard. En août, le CNRA réuni à Tripoli peut envisager le principe d'une coopération avec la France mais dans l'indépendance.

" Les pieds-noirs continuent à clamer Algérie française ! Comme si cette formule magique allait les sauver ! Mais l'Algérie française, ce n'est pas la solution, c'est le problème ! Ce n'est pas le remède, c'est le mal ! Comment a-t-on pu laisser croître sans contrôle cette immigration européenne au milieu d'une population radicalement différente, dans un pays hostile ? " Général de Gaulle, 4 mai 1962, cité par Alain Peyrefitte dans C'était de Gaulle (Fayard 1994).

Début octobre, Maurice Papon, le préfet de Paris et ancien préfet de Constantine, instaure un couvre-feu à l'encontre des seuls " Français musulmans d'Algérie ", mais tous les Maghrébins sont concernés. Le 17, ils se rendent en masse à la manifestation appelée par le FLN. Mais la police attend les manifestants aux sorties de métro : 11 000 d'entre eux sont " interpellés ". Le lendemain, les journaux rapportent la mort de trois personnes pendant la nuit mais des témoignages recueillis par le journal Vérité-Liberté font craindre un chiffre plus élevé. Les rumeurs courent mais il faudra attendre plus de trente-cinq ans, le procès de Papon accusé d'avoir fait arrêter et déporter des juifs alors qu'il était secrétaire général de la préfecture de Bordeaux pendant l'Occupation et l'ouverture d'archives pour qu'apparaissent des bribes du drame qui aurait fait entre 200 et 300 morts. En 1999, le tribunal qui traite la plainte de Papon contre Jean-Luc Einaudi qui a ramené l'affaire à la une reconnaît que " la répression policière du 17 octobre 1961 peut être qualifiée de massacre ".

Le 8 février 1962, une autre manifestation, cette fois-ci anti-OAS et regroupant une majorité d'Européens, finit mal aux alentours du métro Charonne. Les 4 et 5 mars, l'opération " rock and roll ", attentats et assassinats, est menée par l'OAS. Le 15 mars, l'écrivain algérien Mouloud Feraoun est assassiné.

Le 18 mars, après des rencontres secrètes aux Rousses qui ont abouti à un avant-projet d'accord, les représentants du gouvernement français et du FLN parviennent à un accord de cessez-le-feu qui débute le lendemain à midi. Le 8 avril, les accords d'Evian sont approuvés par 90 % des votants lors du référendum organisé en France. En Algérie, un exécutif provisoire, composé d'Algériens et de Français et dirigé par Abderrahmane Fares, doit assurer la transition. En réponse aux actions menées par l'OAS qui prône la politique de la terre brûlée, le FLN organise des enlèvements d'Européens, des colons souvent isolés.

Malgré les consignes de l'OAS, les pieds-noirs commencent à quitter en masse une terre où beaucoup vivent depuis toujours et souvent depuis plusieurs générations. La découverte de charniers près de Maison-Carrée ne peut qu'accélérer leur départ. Près d'un million d'entre eux quitteront le pays dans les mois suivants, dans des conditions très difficiles (82 000 départs en mai, 350 000 en juin, 60 000 en juillet, 40 000 en août).

Au référendum organisé en Algérie le 1er juillet, 99,7 % des votants se prononcent pour l'indépendance qui est proclamée le 3 juillet. Deux jours plus tard, c'est l'anniversaire du débarquement des premières troupes françaises près d'Alger en 1830, la date est retenue pour la célébration de la fête nationale algérienne. Mais dès le 4 juillet, des Européens et des harkis (Algériens engagés comme supplétifs dans l'armée française), abandonnés par l'armée et les autorités françaises, sont enlevés et massacrés. Oran, dont le port a été incendié par l'OAS, est le théâtre de tueries qui ont profondément marqué la mémoire des pieds-noirs, abandonnés à leur sort. Les harkis désarmés et laissés sur place par l'armée française sont jetés entre les mains de ceux qui les considèrent comme des traîtres.

A lire

Histoire de l'Algérie coloniale : 1890-1954 de Benjamin Stora, La Découverte, 1991. Egalement : Appelés en guerre d'Algérie, Gallimard, 1997 ; Histoire de la guerre d'Algérie, La Découverte, 2001 ; la Gangrène et l'oubli, La Découverte, 1998.

Aux origines de la guerre d'Algérie : 1940-1945 de Mers El-Kebir aux massacres du Nord-Constantinois d'Annie Rey-Goldzeiger, La Découverte (Textes à l'appui), 2002. Une période méconnue.

Atlas de la guerre d'Algérie de Guy Pervillé et Cécile Marin, Autrement jeunesse, 2003. Comprendre à l'aide de cartes claires les positions de chaque camp ou le système des ilayas, etc. Egalement chez Autrement jeunesse, Quand ils avaient mon âge : Alger 1954-1962 de Gilles Bonotaux et Hélène Lasserre qui raconte sous forme de BD l'histoire d'un groupe d'enfants d'origines différentes.

La Guerre d'Algérie d'Yves Courrière, Fayard, 2001. 2 tomes incontournables.

La Guerre d'Algérie de Jean-Charles Jauffret, De vive voix limited, 2001. Enregistrements.

Histoire de l'Algérie contemporaine : 1830-1988 de Charles-Robert Ageron, PUF Que sais-je ? n° 400, 1990. S'arrête malheureusement au tout début des années 1990.

La Traversée du mal, entretiens entre Germaine Tillon, résistante, déportée et ethnoloque engagée, et Jean Lacouture. Arléa, 2000.

Algérienne de Louisette Ighilahriz, Arthème Fayard/Calmann-Lévy, 2001. Ce récit d'une moudjahida recueilli par Anne Nivat a fait revenir la " question " sur le devant de la scène, notamment les actions du colonel Schmitt pendant la guerre d'Algérie.

La Guerre d'Algérie 1954-2004. La fin d'une amnésie de Mohamed Harbi et Benjamin Stora, Robert Laffont,2004.

L’Algérie indépendante

Du côté du pouvoir, maintenant que les autorités militaires et administratives françaises sont parties, deux groupes s'affrontent. Le premier, dit " groupe de Tlemcen ", réunit Ahmed Ben Bella et le colonel Houari Boumédiène ; le second, le groupe de Tizi Ouzou, est constitué de Krim Belkacem, Mohammed Boudiaf et la fédération de France du FLN. Le 22 juillet, le Bureau politique est formé à Tlemcen.

En septembre 1962, Ferhat Abbas est nommé président d'un pays ravagé, où peu sont formés à la gestion et où les règlements de compte continuent à être la règle ; Ahmed Ben Bella est chargé de former le premier gouvernement algérien, dont la politique sera d'inspiration socialiste. L'arabe devient la langue nationale, mais pas encore officielle, tandis que l'Algérie adhère à l'ONU. Le FLN n'est plus que le parti unique d'un pays désigné dès sa naissance comme république arabe - alors que les Berbères représentent près de la moitié de la population -, islamique et socialiste.

En 1963, Ben Bella est nommé secrétaire général du bureau politique du FLN dont la direction est collective. Les premières mesures adoptées, sans grand succès, sont celles de presque toute république socialiste née de la décolonisation, en quelques mots : centralisation, nationalisation et réforme agraire. Un référendum accorde au nouveau président de larges pouvoirs mais il est déposé en 1965 au profit du colonel Houari Boumédiène soutenu par l'armée qui supplante bientôt le FLN. Le nouveau président forme un Conseil de la révolution composé de 26 membres qu'il place à la tête de l'Etat et lance le pays dans une vaste campagne d'industrialisation en oubliant l'agriculture malgré quelques réformes agraires. L'Algérie dépend bientôt de l'importation de produits alimentaires qu'elle ne produit plus.

En 1966, l'Algérie désorganisée accepte un accord de coopération avec la France qui prévoit que l'ancienne puissance coloniale aide le jeune pays pendant les vingt prochaines années. Mais cet accord ne dure pas et, à partir de 1968, des milliers de coopérants enthousiastes refont leurs bagages et repartent vers la France.

En 1968, le 17 octobre devient, en Algérie, la Journée nationale de l'émigration.

En 1971, 51 % des avoirs des sociétés pétrolières françaises, les oléoducs et la production de gaz naturel sont nationalisés.

En 1976, à la faveur d'une nouvelle constitution qui doit établir durablement les principes politiques d'un pays qui semble enfin s'en sortir, Houari Boumédiène est réélu président de la République par 99 % des électeurs.

Avant sa mort en 1978, il désigne le colonel Chadli Bendjedid comme successeur. Ce dernier est nommé à la tête du pays en 1979. Emanation de l'élite militaire du FLN, Bendjedid tente pourtant d'assouplir la politique autoritaire de prédécesseur et de lancer des réformes qui peuvent paraître audacieuses mais destinées à endiguer les problèmes endémiques du pays. En 1980, il fait lever l'assignation à résidence de Ben Bella, maintenu sous surveillance depuis quinze ans.

En 1983, Bendjedid est le premier président de la République algérienne à se rendre à Paris depuis l'indépendance. Seul candidat en lice puisque le FLN est toujours le parti unique de l'Algérie, il est réélu en 1984 et en 1989 alors que le pays est en pleine stagnation, voire en récession, économique et sociale. Le Code de la famille soumis à la loi coranique, adopté en 1984, qui restreint les droits des femmes, est l'un des exemples du malaise ressenti par un pays en quête d'identité. Alors que l'arabe succède au français comme langue officielle dans les années suivant l'indépendance du pays, c'est dans les années 1980 que la population berbérophone, qui représente un quart à un tiers de la population globale, revendique la reconnaissance de l'identité et de la langue berbères. De nombreuses manifestations en Kabylie et à Alger éclatent à partir de mars 1980 afin de réclamer l'officialisation de la langue amazigh. Cet ensemble de manifestations, qu'on appelle le " Printemps Berbère ", remettra sérieusement en cause la politique d'arabisation, mais n'aura son écho que vingt ans plus tard. C'est après des années de luttes et surtout les violentes émeutes en Kabylie entre 2001 et 2002, fortement réprimées par l'Etat, que le tamazight deviendra langue nationale, en 2002.

A lire

La Bataille d'Alger de Pierre Pélissier, Perrin, 2002. Et le film de Gillo Pontecorvo (Créon, 1966) qui malgré quelques approximations reste un document de référence, comme on l'a vu de façon inattendue en 2003. Sous le même titre mais de Yacef Saadi, Publisud, 2002.

Chroniques du bidonville : Nanterre en guerre d'Algérie de Monique Hervo, Seuil, 2001. Le FLN en banlieue parisienne.

Le Procès du réseau Jeanson, La Découverte (Textes à l'appui), 2002. Le procès des " porteurs de valise " et le Manifeste des 121.

OAS, histoire de la guerre franco-française, Seuil, 2002.

Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier, Doriane Films, 1972.

La Question d'Henri Alleg, Editions de Minuit, 1958. Longtemps interdit. Egalement une adaptation filmée de Laurent Heynemann (Doriane, 1977).

Octobre 1961 : un massacre à Paris de Jean-Luc Einaudi, Fayard, 2001. Eclairage controversé sur un événement longtemps passé sous silence. Sur le même sujet : Police contre FLN, de Jean-Paul Brunet, Flammarion, 1999.

La « décennie noire »

Au début des années 1980, le prix du pétrole chute. Face aux difficultés économiques et au manque de solutions proposées par l'Etat, de plus en plus d'Algériens caressent les idées à l'origine de la naissance, quelques années plus tôt, de la première république islamique en Iran. Dès 1985, des meneurs prêchent, d'abord dans les mosquées, le retour aux valeurs islamiques, soit l'avènement d'un gouvernement islamique en remplacement d'un gouvernement qu'ils traitent publiquement de " bande d'athées ".

En 1986, une nouvelle charte nationale algérienne est adoptée en réponse aux provocations islamiques. Le gouvernement de Bendjedid engage des réformes, allège la centralisation et ouvre l'économie aux privatisations. Quelques " dinosaures " de la politique sont même écartés du pouvoir, histoire de moderniser un peu la scène politique. Mais les réformes, jugées insuffisantes, sont mal acceptées.

En 1988, les Algériens dénoncent les pénuries alimentaires dans la rue et demandent la démocratisation du régime. En octobre, de violentes émeutes secouent l'Algérie ; la jeunesse est dans la rue, l'armée lui tire dessus. Un mois plus tard, le pouvoir organise un référendum sur des amendements constitutionnels proposant de réduire le rôle du FLN en autorisant une relative opposition politique, de cantonner l'armée dans son rôle de défense et d'accorder le droit de grève au secteur public. Malgré les restrictions accolées au terme d'opposition, c'est la première fois depuis vingt-cinq ans que le pays s'ouvre au multipartisme.

Le président Chadli Bendjedid est réélu en décembre, la nouvelle constitution est adoptée en février 1989.

Le 12 juin 1990, le FIS l'emporte aux élections municipales et communales. L'essentiel de leur programme consiste en la création d'une république islamique, appelée par nombre d'électeurs qui ne peuvent et ne veulent plus croire aux promesses d'un gouvernement socialiste qui a surtout montré une certaine incompétence doublée d'autoritarisme.

En juin 1991, des affrontements entre FIS et forces de l'ordre aboutissent à l'arrestation d'Abassi Madani et d'Ali Belhadj qui seront condamnés en juillet 1992 et libérés en juillet 2003. Le 26 décembre, le FIS arrive en tête des suffrages au premier tour des élections législatives devant le FLN, mais le processus électoral est suspendu en janvier 1992. Le président Bendjedid est contraint de démissionner, remplacé par le Haut comité d'Etat (HCE).

Le 29 juin 1992, Mohammed Boudiaf, qui avait été nommé président du HCE quelques mois plus tôt, est assassiné au cours d'une réunion publique à Annaba, retransmise à la télévision. Pendant 166 jours, grâce à un discours qui tranchait avec celui des précédents gouvernants, il avait réussi à faire renaître l'espoir de millions d'Algériens qui voyaient en lui l'homme d'Etat qui réussirait à introduire l'honnêteté à la tête du pays. Ali Kafi le remplace. Le FIS, pourtant dissous en mars, est toujours très présent et sa branche armée, le GIA, commence à imposer la terreur dans tout le pays par une série d'attentats meurtriers. L'état d'urgence est proclamé. Le 26 août, un attentat meurtrier à l'aéroport d'Alger fait plusieurs morts. Les attentats touchent tout le monde, de l'intellectuel à l'artiste, du journaliste au membre du gouvernement, quiconque est soupçonné de ne pas avoir les mêmes vues que les islamistes. 30 000 victimes tombent cette année-là sous les coups des terroristes ou des représailles militaires. Parmi eux, beaucoup d'étrangers sont visés. La communauté internationale prend ses distances.

En 1993, en mai-juin, plusieurs intellectuels algériens sont assassinés. Parmi eux, Tahar Djaout, avait quelques jours avant son assassinat à Alger terminé son éditorial par ces mots prémonitoires : " Tu dis, tu meurs ; tu te tais, tu meurs ; alors dis et meurs. "

Ali Kafi ne reste pas longtemps au pouvoir, il est bientôt remplacé par un Haut conseil présidentiel composé de cinq personnes qui nomment à la tête de l'Etat le ministre de la Défense Liamine Zeroual en janvier 1994. Liamine Zeroual a un mandat de trois ans pendant lequel il a tout pouvoir pour négocier avec le FIS. Une Conférence nationale de consensus est aussitôt organisée. En novembre, les différentes parties se rencontrent à Rome.

Le 24 décembre, un commando du GIA s'empare d'un Airbus d'Air France à Alger. La prise d'otages dure deux jours. Trois passagers seront exécutés avant que la police française ne donne l'assaut à Marseille, tuant les terroristes qui prétendaient faire exploser l'avion au-dessus de Paris... Matoub Lounés est enlevé, Cheb Hasni assassiné.

Pendant l'été 1995, une série d'attentats à Paris est revendiquée par le GIA. En novembre 1995, Liamine Zeroual remporte les élections présidentielles devant plusieurs candidats mais le FIS veut faire annuler le scrutin pour fraude.

Liamine Zeroual, qui s'appuie sur la promesse d'importantes réformes devant mener l'Algérie vers la démocratisation de la vie politique, ne cède pas ; les émirs du terrorisme intensifient leurs actions sanglantes.

En 1996, on organise un référendum sur la révision de la Constitution, adoptée par Liamine Zeroual le 7 décembre suivant. Les amendements interdisent l'existence de partis politiques basés sur la religion, donc le FIS. Cette année-là, on estime à 80 000 le nombre de morts sous le couteau des islamistes ou au bout du canon des militaires.

En mai, sept moines trappistes français sont assassinés à Tibéhirine. Le GIA est aussitôt suspecté mais les certitudes tombent en décembre 2002, après les révélations d'un ancien cadre de la Sécurité militaire.

En juin 1997, les partis du pouvoir (RND, FLN) l'emportent aux élections législatives. Le 22 septembre, 417 personnes sont massacrées à Bentalha, dans la banlieue d'Alger. En octobre, élections régionales et municipales.

Les années 1997 et 1998 marquent l'apogée des massacres entre l'armée et les groupes islamistes. En juin 1998, l'assassinat du chanteur kabyle Matoub Lounès a un grand retentissement.

Début 1999, Liamine Zeroual annonce des élections présidentielles anticipées auxquelles il ne se présentera pas. Abdelaziz Bouteflika, ancien ministre des Affaires étrangères de Boumédiène, est élu président le 15 avril après la défection des autres candidats qui protestent contre la fraude. Mais ces nouvelles élections n'apportent aucun changement, tant au niveau politique, si ce n'est leur organisation démocratique, et économique qu'au niveau de la guerre civile. Le mois de ramadan est particulièrement meurtrier cette année-là et massacres de villageois, faux barrages et attentats restent le quotidien des actualités algériennes. Pourtant, l'Algérie n'est plus aussi isolée et renoue avec l'Union européenne. En septembre, un référendum sur la loi de " concorde civile " prévoit une amnistie partielle des islamistes armés.

Si certains considèrent que cette mesure a permis un retour au calme, elle fait pourtant grincer beaucoup de dents... " Amnesty International est profondément préoccupée par d'autres mesures prises récemment par les autorités algériennes. C'est ainsi que l'amnistie accordée, en janvier 2000, à quelque 1 000 membres des groupes armés et l'application extrajudiciaire de mesures de clémence par la suite ont empêché de connaître la vérité sur les atteintes graves aux droits humains et ont garanti l'impunité aux responsables ", peut-on lire dans un rapport d'Amnesty International. Ainsi, aucune enquête ne peut être menée et la loi ne permet pas aux victimes d'obtenir réparation.

En 2001, alors que la situation semble à peu près calme l'Algérie plonge une nouvelle fois dans le chaos. En avril, alors que la Kabylie célèbre pacifiquement le 21e Printemps berbère, un lycéen, Mohammed Massinissa, meurt dans une gendarmerie de Grande Kabylie. La région s'embrase, les émeutes se multiplient. C'est ce qu'on appellera plus tard le " Printemps noir ".

Le 21 mai 2003, un tremblement de terre de magnitude 6,7 sur l'échelle de Richter, dont l'épicentre est Boumerdès, fait 2 500 morts et 250 000 sans-abri. La communauté internationale, touchée par la suite d'événements, se mobilise. Le gouvernement, mené par Ahmed Ouyahia depuis le début du mois en remplacement de Benflis, s'emploie à contenir les groupes islamistes qui s'étaient emparés de la solidarité lors de précédentes catastrophes.

Début juillet, à l'approche de la fête nationale, les autorités algériennes craignent des manifestations, encouragées par la libération imminente de Madani et de Belhadj. Les télévisions étrangères ont interdiction de filmer puis sont expulsées le 3 juillet 2003. En août, les touristes européens qui avaient été enlevés en février sont libérés au Mali. L'affaire est mystérieuse et fait apparaître des conflits d'intérêt peu reluisants.

L’Algérie aujourd’hui

Le 8 avril 2004, après une campagne morne qui opposait six candidats et dans l'indifférence presque générale des électeurs désabusés - en 1999, seuls 23 % des électeurs s'étaient déplacés pour voter -, Abdelaziz Bouteflika est réélu avec 84,99 % des voies exprimées par environ 58 % d'électeurs. Malgré 192 recours déposés par l'opposition, les observateurs internationaux ont déclaré que ces élections se sont déroulées à peu près démocratiquement.

Le 29 septembre 2005, les Algériens sont appelés à voter en faveur de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale imaginée par Bouteflika et ses proches pour mettre fin aux années terribles, " un chapelet de mesures de clémence et de compensation sociale en faveur de 5 à 6 000 ex-terroristes et de quelques dizaines de milliers de personnes représentatives des différentes catégories de victimes de ce qu'il est désormais convenu d'appeler officiellement la tragédie nationale. Le terrorisme et le contre-terrorisme dans lesquels a sombré l'Algérie durant la décennie 1990 - violences qui ne sont pas totalement finies - ont eu des effets terribles. Cette période s'est soldée par plus de 100 000 morts, des milliers de blessés, de " disparus ", d'handicapés, de veuves et d'orphelins, quelque deux millions de personnes déplacées des campagnes vers les villes et vingt milliards de dollars de dégâts " (RFI). Il s'agit, par ce texte, de mettre fin à toute récrimination, contestation, jugement, etc., en violation de la déclaration de l'Assemblée générale des Nations unies du 18 décembre 1992. Six mois après les résultats du vote (97,38 % en faveur du " oui " pour 79,76 % de participation), les islamistes sont libérés par centaines, sont indemnisés et regagnent leurs pénates.

Le 24 mai 2006, le Premier ministre Ahmed Ouyahia est remplacé par Abdelaziz Belkhadem qui avait été à l'origine du nouveau code de la famille. En juin, ce dernier annonce que le pays a besoin d'une nouvelle constitution. Ce qui permettrait à Bouteflika de se présenter pour un 3e mandat soit, dit-on, un mandat à vie. Sa maladie, qu'on dit très grave et qui fait régulièrement le sujet de rumeurs alarmantes, ne paraissant pas être un obstacle à sa réélection...

Investissements étrangers, amnisties, constitution d'une nouvelle classe moyenne, réformes, etc., le pays semble sortir du chaos. Mais l'Algérie a pris d'énormes retards dans ses réformes vitales (banque, école, hôpital, services publics...) et les chantiers systématiquement repoussés sont titanesques. Les jeunes continuent de vouloir émigrer et l'explosion du petit et moyen commerce, légal ou non, ne cachera pas longtemps l'incurie d'un pays aux richesses gigantesques mais peu redistribuées.

Et le spectre du terrorisme, qu'on croyait éloigné, est revenu le 11 avril 2007. Ce jour-là, après une série d'attaques en Kabylie, Al-Qaïda au Maghreb islamique, le nouveau nom du GSPC (Groupement salafiste pour la prédication et le combat), revendique les deux attentats simultanés qui réveillent Alger et font une trentaine de morts. Le choc est d'autant plus grand que c'est la première fois que des kamikazes agissent dans le pays. En septembre de la même année, le cortège du président en déplacement à Batna est secoué par un autre attentat suicide (22 morts) et une caserne de Dellys sur la côte explose faisant 32 morts. Le 11 décembre, deux nouveaux attentats suicides viennent endeuiller la capitale. L'un est commis à proximité de l'université de droit et de la Cour constitutionnelle et vise un bus d'étudiants, l'autre vise le siège du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) à Alger. Le bilan officiel fait état de 52 morts mais il se murmure que le nombre de victimes est beaucoup plus élevé. Depuis, les façades des immeubles abîmés ont été pansées mais la tension a été, pendant longtemps, palpable chaque 11 du mois. L'été 2008 connaîtra une autre vague d'attentats, notamment dans l'est d'Alger. L'un d'entre eux, en juin, s'est attaqué à l'entreprise française Razel. Un autre, en août, fait 48 victimes.
La fin de l'année 2008 est marquée par la révision de la Constitution par le président Bouteflika, sans référendum et juste avant les élections présidentielles d'avril 2009. La révision des amendements donne plus de poids au président de la République et à l'exécutif, le poste de chef de gouvernement est supprimé et remplacé par le poste de Premier ministre. Mais surtout, la révision prévoit la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels successifs, ce qui permet à Abdelaziz Bouteflika de se présenter une troisième fois aux élections présidentielles, celles de 2009, malgré son âge avancé (71 ans) et un état de santé incertain. Une nouvelle fois, les élections sont marquées par un appel au boycott de la part de plusieurs partis politiques d'opposition. Si, une nouvelle fois, la victoire de Bouteflika ne laisse aucun doute, c'est le taux de participation qui devient l'enjeu de l'élection. Bouteflika est réélu sans surprises, le 13 avril 2009, avec 90,24 % des suffrages en attirant vers les urnes plus de 74 % des électeurs (!). Un taux fortement contesté par l'opposition...

En avril 2014, Bouteflika est à nouveau réélu, malgré la maladie qui l'a affaibli. Il entame son 4e mandat. Le 7 février 2016, une nouvelle Constitution est votée par le Parlement algérien. Parmi les nouvelles mesures : le nombre de mandats présidentiels est limité à 2, le berbère devient une langue officielle au même titre que l'arabe.

Autre événement historique marquant, Alger organise une réunion informelle de l'OPEP fin septembre 2016 afin de remédier à la baisse du prix du baril de pétrole ; une réunion plutôt fructueuse puisqu'elle aboutit au gel du prix du baril, une mesure destinée à relancer le prix du cours de pétrole.

A lire encore

1962, l'arrivée des pieds-noirs de Jean-Jacques Jordi, Autrement, 1995.

La Mémoire des pieds-noirs de Joëlle Hureau, Perrin, 2002.

Les Français d'Algérie de 1830 à nos jours de Jeannine Verdès-Leroux, Fayard, 2001.

Pieds-noirs mémoires d'exil de M. Baussant, Stock, 2002. L'invention des pieds-noirs de E. Savareze, Seguier, 2002. L'histoire des pieds-noirs d'Algérie de Raphaël Delpard, Michel Lafon, 2002. Les pieds-noirs et l'exode de 1962 à travers la presse française de C. Mercier, L'Harmattan, 2003.

Mon Algérie tendre et violente de René Lenoir, Plon, 1994. Un pied-noir resté après 1962.

Et aussi : Pieds-noirs en Algérie après l'indépendance de J.-J. Viala, L'Harmattan, 2001.

L'Histoire des pieds-noirs d'Algérie de Raphaël Delpard, Michel Lafon.

Les Harkis, une mémoire enfouie de Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumoun Autrement, 2001.

Le Drame des harkis de Abd-el-Aziz Meliani, Perrin, 2001. L'auteur est un ancien officier de l'armée française.

Destin de harki, 1954 : le témoignage d'un jeune Berbère enrôlé dans l'armée française à 17 ans de Brahim Sadouni, Cosmopole Editions, 2002.

Histoire oubliée : les harkis de Alain de Sédouy et Eric Deroo, France 3 GMP Productions. 3 vidéos.

Moze de Zahia Rahmani, Sabine espieser, 2003. La vie d'une famille de harkis.

Histoire intérieure du FLN de Gilbert Meynier, Fayard, 2002. 40 ans d'histoire du FLN.

La Sale Guerre de Habib Souaïdia, La Découverte, 2002. Témoignage sur les années 1990 d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne.

Les Oliviers de la justice de Jean Pélégri, dans Algérie, un rêve de fraternité (Omnibus). Dans la même collection, Algérie, les romans de guerre.

La Robe kabyle de Baya de Malek Ouary, Bouchène, 2000. Le déchirement entre cultures et identités.

L'Honneur de la tribu de Rachid Mimouni, Stock, 1999 : l'histoire coloniale au travers de vie d'une communauté. Le Printemps n'en sera que plus beau, Stock, 1995 : le parcours de personnages emblématiques de la guerre de libération. Le Fleuve détourné, Laffont, 1982 : après la guerre.

La Grande Maison de Mohamed Dib, Seuil, 1996.

Les Lions de la nuit et l'Atlas en feu d'Azzedine Bounemeur, Gallimard, 1985 et 1987. Organisation du FLN sur le terrain.

Les Folles Années du twist de Mahmoud Zemmouri, Créon Music, 1983. Comédie retraçant l'histoire de deux jeunes entre 1960 et 1962.

Alger 1860-1939, le modèle ambigu du triomphe colonial de Jean-Jacques Jordi et Jean-Louis Planche, Autrement, 1999.

Là-bas, souvenirs d'une Algérie perdue d'Alain Vircondelet, Ed. du Chêne, 1996. Un beau livre...

L'Algérie à l'épreuve du pouvoir (Grasset, 1967) et De mémoire d'éléphant d'Hervé Bourges (Grasset, 2000). Alors que le premier ouvrage est épuisé mais peut être trouvé d'occasion, le second raconte l'engagement algérien de l'ancien président de France Télévisions puis du CSA, actuel président de l'Union internationale de la presse francophone (UPF). Voir aussi le documentaire Un parcours algérien : naissance d'une nation (1961-1962) et A l'épreuve du pouvoir (1962-1966) d'Hervé Bourges et Alain Ferrari.

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